Dans un rapport très fouillé paru mercredi, l'OMS dit son inquiétude: un quart des enfants ne sont pas protégés contre les maladies courantes et 3 millions d'entre eux en meurent chaque année. La rougeole a ainsi fait 770 000 morts en 2000, aucune autre maladie pour laquelle il existe un vaccin n'a fait autant de victimes. Dans ce contexte, l'OMS rappelle que la vaccination reste le moyen le moins cher pour lutter contre les maladies infectieuses. Une notion un peu oubliée dans les pays riches (lire Le Temps du 12 novembre). Quant aux pays pauvres, qui ne consacrent en moyenne que 6 dollars par habitant pour la santé, ils sont incapables de mobiliser les ressources nécessaires (30 à 40 dollars par personne), pour immuniser leur population.

Devant les lacunes de la couverture mondiale de la vaccination, l'organisation lance un cri d'alarme: «Si des mesures ne sont pas prises d'urgence, le monde verra la réapparition de vieilles maladies et l'émergence de nouvelles infections», peut-on lire.

On a vu l'ébauche de ce scénario catastrophe dans les années 1990, lors de l'épidémie de diphtérie, due à l'effet conjugué du faible taux de vaccination et de la crise économique, qui avait fait 30 000 morts. La maladie s'était propagée en Finlande en Allemagne et en Norvège avant d'être stoppée. Le rapport pointe également les distorsions existant dans le financement des recherches en santé au niveau mondial. Ainsi, les travaux portant sur les infections respiratoires aiguës, les affections diarrhéiques et la tuberculose, à l'origine de 8 millions de morts par an, principalement dans les pays en développement, n'ont reçu que 99 à 133 millions de dollars. Alors que des travaux sur l'asthme, 218 000 décès, ont bénéficié de 127 à 158 millions de dollars.

Les exemples de ce type sont nombreux car, bien que le marché des vaccins dans les pays en développement soit potentiellement vaste, l'industrie s'y intéresse peu. Un constat qu'avaient déjà fait trois immunologistes dans une lettre parue dans la revue Science, le 9 août 2002. Ceux-ci expliquaient le désintérêt général de l'industrie pharmaceutique pour les vaccins par leur «petit» rapport financier. Le marché potentiel mondial du vaccin est en effet estimé à 6,5 milliards de dollars, soit 2% du marché pharmaceutique. Le phénomène est encore accentué par les pressions exercées sur l'industrie pour qu'elle fournisse des vaccins à bas prix aux pays en développement. Une situation paradoxale puisque, selon ces chercheurs, chaque dollar dépensé en vaccin amène des économies de 16 dollars sur d'autres dépenses médicales. Que faire alors pour inciter l'industrie à s'intéresser aux vaccins en général, et à ceux destinés aux plus pauvres en particulier? Les payer à leur juste prix, conseillent-ils quitte à créer un mécanisme international pour financer la vaccination dans les pays à faible revenu.