Pour la première fois de son histoire, l'OMS consacre aujourd'hui sa Journée mondiale de la santé à la sécurité routière. Le trafic routier tue chaque année 1,2 million d'hommes, de femmes et d'enfants et en blesse 140 000 chaque jour dans le monde, un bilan qui risque de progresser au point de faire de la route la 3e cause de mortalité d'ici 2020.

Dans un rapport qui vient d'être publié, l'OMS et la Banque mondiale évaluent à 518 milliards de dollars les dépenses annuelles imputables aux accidents de la circulation. Pour sensibiliser les Etats et les populations aux conséquences sanitaires et au coût social et économique de l'insécurité routière, elles incitent les gouvernements à s'attaquer à des problèmes largement identifiés: vitesse excessive, conduite en état d'ébriété, omission du port du casque, de la ceinture de sécurité, routes ou signalisations mal conçues, défaut de sécurité des véhicules… Elles préconisent notamment l'utilisation croissante des transports publics, la limitation de la vitesse des deux roues, l'amélioration de l'infrastructure routière ou encore la délivrance des permis de conduire par étape.

Face à un problème de santé publique majeur, cette campagne d'envergure est relayée au niveau européen. A la journée mondiale du 7 avril – au slogan «L'accident de la route n'est pas une fatalité» – répond la Semaine européenne de la sécurité routière, du 5 au 11 avril, lancée par la commission économique des Nations unies pour l'Europe. Les discussions autour de la sécurité routière ont ainsi réuni mardi les ministres européens des Transports en Irlande. Moritz Leuenberger, le chef du Département fédéral des transports (Detec), a participé à la rencontre visant l'élaboration d'une charte sur la sécurité.

549 décès en Suisse

La Suisse n'échappe pas en effet à la campagne, avec 549 décès liés à la route l'an dernier, soit une augmentation de 7% entre 2002 et 2003. Elle vient de reconduire son action «Boire ou conduire» et projette de la compléter dès le mois de juin par une sensibilisation aux dangers de la conduite sous l'emprise du cannabis.

L'Office fédéral des routes (Ofrou) a présenté hier les grandes lignes de la stratégie suisse pour réduire de moitié, d'ici 2010, le nombre de morts sur les routes. Il souhaite diminuer rapidement la limite de l'alcoolémie de 0,8 à 0,5 pour mille, appliquer la tolérance zéro pour les chauffards sous l'emprise de drogues, ou encore instaurer le permis de conduire à l'essai. A terme, il vise la simplification des règles de comportement et la garantie de leur respect par la police, l'éducation routière étendue à tous les niveaux scolaires, l'équipement des véhicules de nouveaux appareils comme les éthylotests embarqués, et l'amélioration de l'infrastructure routière.

Le Touring Club Suisse et l'association «Mobilité piétonne» profitent quant à eux de cette journée mondiale de sensibilisation pour lancer l'action «Zèbre jaune», qui se concentre sur la sécurité des passages piétons. Grâce à cinq règles de comportement, elle encourage les piétons à plus de prudence et les automobilistes à redoubler d'égards. Parallèlement, le TCS va élargir à d'autres villes son projet pilote de sécurisation des passages cloutés inauguré l'an dernier à Lausanne.

A Genève enfin, se tient durant toute la journée le «Village de la sécurité routière», à la rotonde du quai du Mont-Blanc. Une quinzaine d'associations y dispensent de nombreuses informations au public. L'occasion pour ce dernier de dialoguer avec des spécialistes de la sécurité routière, mais aussi d'essayer un simulateur d'accident. De plus, chaque personne qui se présente avec son vélo au stand «Genève roule» se voit offrir gratuitement un feu arrière. Et pour sensibiliser la population aux dangers de l'alcool au volant, la gendarmerie genevoise distribue un millier d'éthylotests.