Lorsqu'on annonce à un Californien qu'un tremblement de terre est sur le point de se produire, il hausse les épaules. Sauf si on lui précise que le séisme atteindra la magnitude 6 ou 7 sur l'échelle de Richter. C'est peut-être à cela qu'a pensé Richard Binzel, professeur des sciences de la terre, de l'atmosphère et des planètes au Massachusetts Institute of Technology, en créant une échelle semblable, concernant le danger lié aux astéroïdes et aux comètes. Ce nouveau système d'évaluation a été adopté en juin lors d'une séance de travail de l'Union astronomique internationale à Turin. Il a été rendu public à Vienne, jeudi dernier, lors de la troisième conférence des Nations unies sur l'exploration et l'utilisation pacifique de l'espace. Baptisée «échelle de Turin», elle est destinée à améliorer la communication entre les scientifiques, les médias et le public afin d'éviter de fausses alertes, sources d'inquiétudes populaires.

La graduation s'échelonne de 0 à 10. Elle tient compte de la trajectoire orbitale, de la vitesse et de la taille de l'objet céleste ainsi que de la probabilité qu'il a de rencontrer la Terre. 0 signifie qu'il n'a aucune chance d'entrer en collision avec la Terre ou qu'il est si petit qu'il se désintégrera entièrement dans l'atmosphère bien avant de toucher la surface. 10, en revanche, correspond à un objet qui touchera à coup sûr la Terre et, qui plus est, serait capable de provoquer une «catastrophe climatique globale».

Richard Binzel avoue que les scientifiques, jusqu'ici, ont fait un mauvais travail de communication. Il espère que cette nouvelle échelle évitera à l'avenir le sensationnalisme tel que celui affiché en 1998 par les médias à l'approche de l'astéroïde XF11. La fin du monde se lisait déjà à la une de tous les journaux. Un dérapage semblable s'est déroulé récemment avec l'astéroïde AN10 mais de la part des scientifiques cette fois-ci. Ces derniers ont commencé par annoncer une menace de collision avant de retirer leurs propos. Pourtant, selon l'échelle de Turin, AN10 et XF11 auraient tous les deux été classés dans la catégorie 0.

Ce nouvel outil de communication entre les astronomes et le public tombe à pic. Grâce aux techniques de détection de plus en plus sophistiquées, on repère sans cesse davantage d'astéroïdes et de comètes. Cela ne signifie pas qu'il y en a plus qu'avant, mais que l'on est de plus en plus conscient du danger qui pourrait venir de l'espace. Les scientifiques connaissent aujourd'hui environ 2000 météorites de plus d'un kilomètre de diamètre qui se baladent dans le système solaire. On sait par ailleurs, avec la récente collision entre la comète Schoemaker-Levy et Jupiter ainsi qu'avec la catastrophe de Toungouska, que les impacts cosmiques sont toujours d'actualité dans le système solaire. Et n'oublions pas que les dinosaures ont probablement disparu à cause de la chute d'une météorite dans le golfe du Mexique il y a 65 millions d'années. Il y a de quoi avoir peur que le ciel nous tombe un jour sur la tête.

A. Vs