Travail

L’intégration par le micro-entrepreneuriat

Depuis deux ans, le projet Alter Start offre à des réfugiés un accompagnement pour créer et développer leur micro-entreprise. Les projets aboutis seront présentés ce vendredi lors de l’anniversaire de la Fondation internationale pour la population et le développement à l’origine de l’initiative

«Rien que pour aller enregistrer son entreprise, il faut savoir où se trouve le Registre du commerce, quels papiers prendre avec soi. C’est très compliqué», déclare Levan Botchorishvili dans un demi-sourire. A 31 ans, ce Géorgien d’origine, anciennement garde forestier, vient de lancer sa petite entreprise de rénovation qui compte déjà plusieurs clients. Et s’il a pu le faire, c’est grâce à l’accompagnement bénévole de Stéphanie Fontugne, à la tête d’une société de conseil stratégique pour les entreprises.

La Suissesse compte parmi les «coachs» réunis par la Fondation internationale pour la population et le développement (IFPD), dans le cadre de son projet «Alter Start» né en 2017, qui vise à aider des réfugiés à créer et développer une micro-entreprise. Des professionnels encadrent les bénéficiaires de la conception d’un produit ou service jusqu’à son lancement, en passant par une phase de test. «Levan sait tout faire maintenant mais le plus dur, avec la langue notamment, a été d’apprendre à faire des devis, des factures et se positionner sur les prix pour ses rénovations […]. Ce n’est pas que du conseil, c’est faire ensemble», commente Stéphanie Fontugne.

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Hélène Bayeux, directrice de l’IFPD, rappelle que la fondation intervient d’abord dans les pays démunis précisément par le biais de l’aide à la création de micro-structures. «Il y a deux ans, je me suis dit qu’il serait intéressant d’amener cette expertise localement. En faisant le tour des acteurs associatifs œuvrant auprès des migrants, il s’est avéré qu’il n’y avait pas cette offre ici», résume-t-elle. Un constat partagé par le Bureau cantonal vaudois pour l’intégration (BCI), qui soutient le projet, tout comme la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie. «Au-delà de monter une entreprise, cela a apporté aux gens une activité très structurante qui les aide à comprendre le marché du travail en Suisse, ses acteurs, etc. Alter Start leur permet aussi de se créer un réseau en plus d’avoir une activité génératrice de revenu. C’est s’intégrer professionnellement et socialement», relève Katel Giacometti, chargée de projet au BCI.

Valoriser ses compétences et gagner l’indépendance

Si, en deux ans, l’organisme a initié l’accompagnement d’une trentaine de bénéficiaires, ces derniers doivent correspondre à un certain nombre de critères: un niveau de français B2 minimum est requis, tout comme la possession d’un permis de séjour F. La plupart des futurs micro-entrepreneurs sont dirigés vers Alter Start par l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM) ou des associations telles que Découvrir qui œuvre pour l’intégration des femmes migrantes.

Ce fut le cas pour Silvana Pizzirusso, qui a travaillé une dizaine d’années dans le milieu de la photographie publicitaire en Colombie avant de suivre son époux en Suisse. La jeune femme peinait à jongler entre son nouveau-né, le chômage et un certain isolement. Avec l’aide d’Alter Start, elle projette de monter son affaire de photographe indépendante et, pour l’instant, se réjouit de rendre service à ses pairs lorsqu’ils ont besoin d’illustrations pour promouvoir leurs propres produits. Car il n’est pas question de rester dans son coin: tous les bénéficiaires se rencontrent chaque semaine pour échanger ensemble avant de retrouver leur coach. «Le travail, oui, c’est important, mais trouver des personnes pour le reconnaître et le mettre en valeur, encore plus. C’est super de venir le vendredi ici, de discuter, de rencontrer ceux qui sont dans les mêmes conditions», souligne-t-elle.

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Le projet Alter Start permet, en outre, une concordance entre l’aide sociale et le revenu de la micro-entreprise; l’EVAM a rééquilibré l’accompagnement financier des migrants qui diminuera au fur et à mesure. D’autres idées de ce type ont fleuri ailleurs en Suisse, à l’instar de Singa présente à Zurich et à Genève, un «incubateur» visant à lancer des start-up créées par des personnes issues de l’immigration. L’IFPD, de son côté, a choisi l’occasion de la fête de ses 20 ans, ce vendredi 25 octobre, pour présenter au public les projets terminés – notamment ceux en lien avec la cuisine. Les micro-entrepreneurs du goût réaliseront donc le repas pour les convives au Rosey Concert Hall à Rolle, et derrière l’objectif… c’est Silvana qui officiera.

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