Cela aurait dû être une soirée d’été festive comme tant d’autres dans la capitale. Mais le 18 juillet dernier, la Brasserie Lorraine, rendez-vous prisé de la scène alternative bernoise, s’est retrouvée au cœur d’une polémique qui ne cesse de prendre de l’ampleur outre-Sarine.

Point de départ de cette affaire, l’interruption du concert du groupe suisse de reggae Lauwarm après l’entracte. Non que les musiciens jouassent comme des casseroles, mais le fait qu’ils soient blancs, blonds et portent des dreadlocks, tout comme le fait qu’ils distillent des airs de reggae, a visiblement heurté certaines personnes présentes. Elles s’en sont ouvertes aux gérants de la Lorraine qui, après discussion avec les musiciens, ont interrompu le concert. Voilà pour les faits.

Table ronde reportée

C’était compter sans la polémique qui a enflammé les réseaux sociaux à la vitesse des brasiers qui ravagent l’Europe en cette période de sécheresse.

«Notre petit bistrot de quartier, situé au cœur de la Lorraine [ndlr, quartier au nord du centre-ville de Berne], a fait l’objet d’une attention inattendue ces dernières heures. Nos réseaux sociaux sont actuellement inondés de commentaires, dont certains sont massivement racistes et ne contribuent pas à une discussion constructive. Nous n’avons pas la capacité de modérer ce discours de manière adéquate, c’est pourquoi nous avons décidé de désactiver temporairement nos profils», écrivent les gérants sur le site de la brasserie. Et de poursuivre: «Il est évident que le thème de l’appropriation culturelle est d’une grande pertinence sociale et d’une grande actualité. Nous sommes conscients de la charge et de l’émotion qu’il suscite et il nous semble d’autant plus important d’en parler.»

En ce sens, une table ronde publique avait dans un premier temps été annoncée pour ce 31 juillet, mais elle a été reportée «afin de pouvoir répondre à la dynamique et à l’ampleur du débat».

Les gérants reconnaissent avoir été dépassés par les événements. Néanmoins ils affirment rester unis derrière la décision d’interrompre le concert après avoir consulté le groupe. «Il n’a jamais été dans notre intérêt de discréditer des personnes ou de leur dénier le droit de vivre une passion.» Ils soulignent également que si le même groupe avait joué il y a deux ans, les réactions auraient peut-être été différentes.

Plainte de l’UDC

En revanche, ils reprochent aux médias d’exploiter le creux de l’été pour déclencher des polémiques. «Au lieu de comptes-rendus sensationnels et de titres racoleurs, nous souhaitons une discussion différenciée et constructive sur une thématique très complexe à laquelle nous n’avons pas non plus de réponses définitives. Mais nous considérons toujours notre action comme une tentative d’aborder une problématique sociale et structurelle avec une conscience inclusive.»

L’affaire a évidemment aussi pris une tournure politique – des élus de tous bords n’ayant pas manqué de la commenter sur les réseaux sociaux – mais également judiciaire. En effet, les Jeunes UDC ont annoncé jeudi 28 juillet sur Twitter déposer plainte contre l’établissement pour infraction à la norme pénale antiraciste. «Pour que les milieux «woke» subissent ainsi enfin leurs propres lois», argumentent-ils.

Une ministre verte au cœur de la polémique

Si on en revient à l’objet du scandale, les dreadlocks, le débat n’est pas nouveau. En 2016 déjà, plusieurs polémiques avaient fait rage sur le sujet, notamment lors de la semaine de la mode à New York où des mannequins en arboraient, ou encore lorsque des célébrités blanches ont adopté cette tradition capillaire. En février 2019, c’est Amanda Lind, ministre verte de la Culture et de la Démocratie en Suède depuis le 21 janvier qui a fait la une des médias avec ses dreadlocks. Pour certains, cette coiffure n’était pas adaptée à sa fonction et pour d’autres il s’agissait d’appropriation culturelle.