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Le compas et l’équerre superposés, symbole majeur de la franc-maçonnerie.
© Régis Duvignau/Reuters

Société

Dans l'intimité des francs-maçons

Le «Guide suisse du franc-maçon» vient de paraître dans une toute nouvelle édition. Il a été réalisé par le Groupe de recherche Alpina. Son président, Dominique Alain Freymond, nous entrouvre les portes de la franc-maçonnerie suisse, implantée dans le pays pour la première fois à Genève en 1736

«On entre facilement dans une secte mais on en ressort difficilement. Dans la franc-maçonnerie, c’est exactement l’inverse.» Cette boutade de la bouche d’un franc-maçon témoigne d’un réel désir d’ouverture concrétisé notamment par la parution d’une nouvelle édition du Guide suisse du franc-maçon, rédigé par le Groupe de recherche Alpina (GRA), notamment présenté le 23 septembre lors d’un colloque à guichets fermés à Genève. Président du GRA, Dominique Alain Freymond appartient à la Grande Loge suisse Alpina. Exclusivement masculine, cette dernière comprend quelque 3500 membres. Elle est de loin la plus grande obédience (ou réunion de loges) en Suisse, parmi une dizaine d’autres exclusivement masculines, féminines ou mixtes. Entretien.

Le Temps: Être franc-maçon(ne) en 2017, qu’est-ce que cela signifie?

Dominique Alain Freymond: C’est être en recherche, intéressé à devenir un homme ou une femme meilleur(e), dans toutes ses dimensions. C’est toujours un travail sur soi.

– Il est possible d’accomplir un travail sur soi de mille façons. Qu’est-ce qui fait l’originalité de la franc-maçonnerie?

– Les frères et sœurs qui débattent au sein des loges se rattachent à l’une des rares traditions européennes qui se réclament des bâtisseurs de cathédrales, à une époque où la franc-maçonnerie était opérative et non spéculative comme aujourd’hui. Grâce au rituel et à son contenu initiatique, le travail en loge permet de se retrouver d’homme à homme, dans une relation authentique et un partage sur des questions philosophiques, des thèmes d’actualité et des valeurs communes.

– Comment se porte la franc-maçonnerie en Suisse?

– Elle se porte bien, avec un peu moins de 5000 membres actifs dans les différentes obédiences. Si le nombre de loges a grandi – on en compte notamment 83 au sein de la Grande Loge suisse Alpina (GLSA) contre une quarantaine en 1945 –, le nombre de leurs membres a décliné lors de la Deuxième Guerre mondiale pour ensuite revenir presque au niveau initial à partir des années 1980. Certaines loges ont de la peine à les rajeunir. Mais ce n’est pas une généralité. Celle à laquelle j’appartiens a par exemple initié une dizaine d’apprentis dès 35-40 ans au cours de ces dix-huit derniers mois.

– Quelle est la durée de l’apprentissage?

– En Suisse, il faut plus de trois ans avant qu’un apprenti devienne compagnon puis obtienne le grade de maître. Aux Etats-Unis, la même progression peut se faire en seulement vingt-quatre heures. Une tout autre culture!

– A l’heure d’Internet et des réseaux sociaux, la franc-maçonnerie n’est-elle pas désuète aux yeux de la jeunesse?

– Toutes les loges sont désormais dotées d’un site internet. Il existe des blogs maçonniques et des vidéos. Concernant les jeunes se pose surtout la question de leur disponibilité même si les réunions rituelles, les tenues, n’excèdent généralement pas deux par mois. Les personnes qui nous rejoignent, en quête d’un sens à donner à leur existence, ont généralement développé une vie familiale et professionnelle.

– Le secret, qui colle à la peau de la franc-maçonnerie, est-ce une réalité ou un fantasme?

– C’est un fantasme. Il n’y a pas de trésor caché des templiers dans la franc-maçonnerie!

– Pas de secret, peut-être, mais une grande discrétion…

– Comme franc-maçon, je n’ai en effet pas le droit de faire état de mon initiation, qui demeure confidentielle. Il s’agit d’une expérience intime. On peut toutefois aisément trouver des cérémonies d’initiation sur YouTube.

– C’est aussi une manière de se protéger?

– En effet. Durant la période de la Deuxième Guerre mondiale, les francs-maçons ont été persécutés autant par l’extrême droite que par les communistes. La Suisse est le seul pays du monde où les citoyens ont voté au sujet de la franc-maçonnerie. Le 28 novembre 1937, 68,7% des citoyens ont rejeté l’initiative du colonel vaudois Arthur Fonjallaz visant à l’interdire. Ce climat délétère a fait fondre ses effectifs de moitié. Dès lors, si je peux avouer mon appartenance à la franc-maçonnerie, je n’ai pas le droit de dévoiler celle d’une autre personne.

– Comment se décide l’admission d’un candidat?

– Tout postulant qui exprime par écrit sa candidature est contacté à trois reprises. Après rédaction d’un rapport le concernant, il est invité par la loge à expliquer ses motivations profondes, qui doivent être compatibles avec nos valeurs de tolérance et d’ouverture. Les maçons votent ensuite pour ou contre son admission. Cela se fait encore parfois avec un jeu de boules. S’il y a plus de boules noires que de boules blanches, le candidat est «blackboulé». L’expression vient de là.

– «Plancher», autre expression populaire, vient aussi de la franc-maçonnerie?

– Oui. Quand un franc-maçon «présente une planche», formule issue du Moyen-Age, il partage ses réflexions sur un thème souvent de nature symbolique ou philosophique.

– Les relations entre les Eglises chrétiennes et la franc-maçonnerie sont-elles toujours aussi orageuses?

– Le 23 mai 2013, le Père Fournier-Bidoz, vicaire général du diocèse d’Annecy, a démis de ses fonctions le Père Pascal Vesin, curé de Megève. Ce dernier avait annoncé son appartenance à la franc-maçonnerie. Nous encourageons de notre côté toute démarche spirituelle dont l’Eglise catholique romaine ne devrait pas prétendre avoir le monopole. Mais dans la réalité quotidienne, nous avons tissé avec les membres des Eglises des rapports bien plus ouverts qu’il n’y paraît.

– Après la religion, la politique. Quelle a été l’influence de la franc-maçonnerie en Suisse?

– La création de l’Etat fédéral suisse de 1848 a été fortement marquée par la maçonnerie. Les loges étaient les rares endroits où l’on pouvait discuter librement de nouvelles idées, comme la liberté d’opinion ou d’association. Des radicaux comme Jonas Furrer, premier président de la Confédération suisse ou le conseiller fédéral Louis Ruchonnet étaient francs-maçons. Ils incarnaient les modernes face aux anciens du parti catholique conservateur.

– Et de nos jours?

– Contrairement au Grand Orient de France qui prend position sur des thèmes politiques et entretient des rapports officiels avec le chef de l’Etat et les parlementaires, la franc-maçonnerie suisse privilégie le travail personnel tout en encourageant l’engagement de ses membres dans la vie de la cité, mais toujours à titre individuel.

– En France, les «fraternelles» ont souvent été critiquées, considérées comme des lieux privilégiant les relations commerciales. Et en Suisse?

– Il n’y a jamais eu en Suisse de scandales liés à des relations d’affaires douteuses, comme on a pu hélas le déplorer en France. Celui ou celle qui cherche uniquement des relations d’affaires ne reste pas bien longtemps dans notre mouvement. L’engagement en temps, en énergie est trop important pour y trouver une hypothétique relation utile.

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