Depuis des millénaires, le plomb provoque des intoxications graves chez les humains. Il semble qu'aujourd'hui encore, il soit à l'origine de… l'agressivité de certains jeunes. C'est en tout cas la conclusion d'une expérience menée par Herbert Needleman, professeur de psychiatrie et de pédiatrie à l'Université de Pittsburg, dont les travaux passés ont amené le gouvernement à interdire le plomb dans les peintures, l'essence et les emballages alimentaires.

Il a comparé le niveau de plomb accumulé dans les os d'un groupe de 194 jeunes, condamnés pour divers délits, et dans ceux de 146 étudiants non délinquants. Les jeunes délinquants ont affiché un taux moyen de plomb de 11 ppm (parties par million), contre 1,5 ppm dans le groupe de référence.

«Cette étude donne des preuves supplémentaires que le comportement délinquant peut être provoqué, en partie, par une exposition au plomb pendant l'enfance», affirme Herbert Needleman. Le plomb s'accumule en effet dans les tissus, et sa demi-vie est longue. Il faut donc plusieurs années pour s'en débarrasser.

Cette nouvelle étude, publiée le 6 janvier dans Neurotoxicology and Teratology, confirme les précédents travaux du chercheur américain, qui avait fait le lien en 1979 déjà entre le plomb et des performances intellectuelles diminuées, puis en 1996 entre le même métal et des comportements antisociaux chez les adolescents.

Selon Bernard Klein, chimiste cantonal vaudois, de telles incidences sont improbables en Suisse car, contrairement aux Etats-Unis, les conduites d'eau en plomb ont été abolies il y a une centaine d'années, et les peintures au plomb depuis des décennies. «Il faudrait manger une boîte de thon par jour pour courir un risque éventuel, mais c'est un régime peu courant», explique-t-il.