Le Temps: Pourquoi le criquet pèlerin est-il aussi ravageur?

Daniel Cherix: Il y a deux formes de criquets: les grégaires, qui voyagent en essaims, et les solitaires. Seuls les premiers sont nuisibles, car ils dévorent tous les végétaux qui se trouvent sur leur chemin. Une tonne d'insectes consomme autant que 2500 personnes chaque jour. Or, il existe aujourd'hui en Afrique des essaims de plusieurs centaines de millions à plusieurs milliards d'individus. Les dégâts sont énormes, car ils ont besoin de beaucoup d'énergie pour se reproduire et se déplacer.

– Comment font-ils pour traverser des bouts d'océan et envahir des îles comme les Canaries?

– Les criquets pèlerins sont arrivés aux îles Canaries grâce à des vents favorables qui les ont poussés à l'Ouest. Ces insectes n'ont pas de sens de l'orientation, mais ils se font transporter au gré des courants. Ils peuvent traverser des mers et parcourir des distances de 1200 kilomètres sans se poser. Ils peuvent aussi voler la nuit s'il le faut. Curieusement, ils préfèrent les zones semi-désertiques et les surfaces où la végétation n'est pas très dense. Les forêts sont presque un obstacle sur leur parcours.

– Sommes-nous à la fin d'un cycle?

– Non, pas du tout. Les criquets arrivent mutilés sur les îles Canaries car ils manquent de nourriture et se mangent parfois entre eux. Ils se déplacent dans le seul but de trouver de nouvelles plantes. On peut voir des cycles en fonction des conditions météorologiques et des pluies. Les criquets pèlerins peuvent ainsi revenir l'année suivante après avoir dessiné une énorme boucle qui les ramène à leur point de départ. Il aurait fallu agir rapidement au tout début de l'invasion en 2003, en Mauritanie surtout, pour contenir ce fléau. Le coût aurait été d'une dizaine de millions de francs. Aujourd'hui, on parle plutôt d'une centaine de millions de francs pour enrayer leur progression.