L’Islande, l’île aux pirates

Le pays se mue en laboratoire mondial pour la démocratie et la liberté sur Internet

Elle fut un temps la terre d’exil plébiscitée par Edward Snowden. En juin 2013, alors en cavale après ses révélations sur les méthodes d’espionnage des Etats-Unis, l’ex-informaticien de la NSA se voyait bien trouver refuge en Islande. A l’heure où les grandes démocraties grignotent petit à petit les libertés de leurs internautes, l’île volcanique fait bande à part. Depuis la crise financière qui l’a laminée, l’Islande façonne son statut de modèle en matière de liberté d’expression sur la Toile.

Nous sommes en 2008. Traumatisés par la faillite de leurs banques, les Islandais rejettent la responsabilité sur leurs élus. Ils exigent alors des mesures destinées à garantir la transparence dans la vie publique et politique. Mais aussi la préservation de la liberté et l’indépendance de l’information sur Internet.

Le 15 juin 2010, le parlement islandais vote ainsi à l’unanimité la résolution Icelandic modern Media Initiative (IMMI). Le texte vise à faire du pays un paradis pour journalistes d’investigation et sites internet sensibles. L’objectif de l’IMMI est de créer un cadre légal garantissant une «protection renforcée» des sources, des journalistes et de leurs publications tout en sécurisant les communications et le trafic de données.

Il n’en fallait pas plus pour que l’Islande se mue en petit paradis cybernétique pour les serveurs de WikiLeaks, et plus récemment ceux de Pirate Bay, le site suédois spécialisé dans l’échange de fichiers BitTorrent. Deux exemples parmi toute une brochette d’évadés d’un genre nouveau.

L’Islande, laboratoire mondial pour la démocratie et la liberté sur Internet? Le dernier signe de cette mutation date du mois d’avril 2013. Emmené par Birgitta Jonsdottir, sa cofondatrice et ex de WikiLeaks, le Parti pirate islandais sort victorieux des élections législatives. Avec trois sièges à l’Alting (le parlement islandais), il est ainsi le premier – parmi la soixantaine de partis éponymes dans le monde – à faire son entrée dans un gouvernement national.