Comme toute banquière qui se respecte, Silvana Cavanna nous reçoit dans un salon de l’établissement qui surplombe le rond-point de Rive. «J’ai réfléchi, commence-t-elle, à votre sujet sur les femmes cheffes d’entreprise. Je me suis demandée si vous recherchiez un sujet positif sur la finance en cette période troublée.» La directrice générale de la Banque Profil de Gestion plaisante à peine. Alors que le scandale des manipulations du taux Libor occupe désormais les médias, cette Milanaise voit l’évolution de la finance ces dernières années comme une «catastrophe» dont elle espère que l’on a enfin atteint le paroxysme avant de revenir à une situation plus saine.

Silvana Cavanna est directrice générale de la banque établie à Genève, mais dont l’actionnaire majoritaire est l’italienne Banca Profilo. Ce poste couronne quarante ans de carrière dans la banque. A ses débuts, faire de la finance, une discipline particulière, en plein développement, n’était évident pour personne, explique cette Italienne de 59 ans, dans une robe estivale élégante.

Née à Milan, elle étudie la science politique et obtient un master à l’Université Bocconi de Milan, puis entre directement dans la finance, dans le groupe Euromobiliare. Elle rejoint ensuite des banques de petite taille. «J’ai toujours préféré les petites structures où il est possible d’avoir une vision globale de l’activité et où on peut atteindre les buts que l’on s’est fixés». Elle fonctionne justement par objectifs ou par étapes. Et à force de gravir les échelons, elle s’est retrouvée à la tête d’un établissement bancaire en Suisse. Même si elle ne s’était jamais imaginée au gouvernail avant de s’en saisir. En 2008, elle est responsable du développement de la gestion de fortune pour le groupe Profilo qu’elle avait rejoint en 1995. Sa hiérarchie l’envoie alors à Genève pour reprendre en main une filiale en difficulté acquise une année auparavant.

Ayant passé toute sa vie à Milan, elle déménage au bord du lac Léman à l’étonnement de ses proches. «Ils avaient du mal à comprendre au début, pourquoi, à mon âge, alors que je pouvais voyager et prendre des vacances, j’avais décidé de venir vivre en Suisse», explique-t-elle. «Maintenant ils ont fini par comprendre le défi que je me suis lancé.» Et cela n’empêchera pas celle qui travaille «de 8h à 8h» chaque jour de filer «presque chaque week-end» à Milan voir sa famille et ses amis.

Défi, le mot est faible. Silvana Cavanna reprend en 2008 les commandes de la gestion privée de l’établissement qui s’appelait alors Société Bancaire Privée, aux prises avec quelques difficultés. Sa licence bancaire avait été suspendue le 1er mars 2007 et réactivée le 22 avril 2008. Quelques mois plus tard, Silvana Cavanna est nommée directrice générale. Une nouvelle stratégie est mise en place.

La responsable s’attaque à la restructuration. Mais l’environnement n’a pas aidé. «Ma mission n’est pas encore remplie. La restructuration des activités de marchés est achevée, par contre, en ce qui concerne la gestion de fortune, nous cherchons encore à croître. Le monde a changé et le client aussi. Nous devons comprendre le nouvel environnement législatif et réglementaire afin de gérer l’argent de clients étrangers par exemple.» Elle n’est en tout cas pas nostalgique d’un secret bancaire qu’elle a à peine eu le temps de connaître. «Le secret bancaire est fini. Mais la Suisse a une chance énorme, elle dispose de toutes les particularités que cherchent les clients: stabilité, confiance et professionnalisme. Mais il faut y croire.» En 2009, la banque change de raison sociale et apparaît sous le nom de Banque Profil de Gestion. A fin 2011, la masse sous gestion atteignait environ 700 millions de francs et la banque comptait 33 employés. Les chiffres au premier semestre seront publiés la semaine prochaine.

Sa tâche a-t-elle été plus difficile parce qu’elle est une femme? Elle ne le pense pas. «Pour une femme, la difficulté est d’accéder au pouvoir, pas de l’exercer», explique-t-elle. Elle juge cependant que ses longues années de carrière l’aident à obtenir le respect de ses collaborateurs, de ses pairs et de ses supérieurs. Elle tique sur les quotas de femmes au sein de conseils d’administration, qui font aujourd’hui aussi débat en Italie. Pour cet ancien membre du conseil d’administration de Banca Profilo, ce n’est pas la solution idéale. «Cela donne l’impression qu’il y a une différence entre hommes et femmes.» Pour elle, si les femmes sont encore moins bien représentées dans les hautes sphères entrepreneuriales, c’est souvent parce que les vrais défis sont les obligations familiales auxquelles elles doivent faire face. «J’ai beaucoup de respect pour la famille, la femme en général est le ciment de celle-ci et j’ai toujours su que je n’arriverai pas à mener les deux de front», explique-t-elle. «Au moment opportun, j’ai choisi ma carrière.»

«Pour une femme, la difficulté est d’accéder au pouvoir, pas de l’exercer»