C’est dans un salon cosy, au rayon hommes du Bongénie de Genève que Loïc Brunschwig et Paolo Pitton nous reçoivent. En ce mardi 14 juin, ils sortent de leur premier comité exécutif sans les représentants de la 4e génération des Brunschwig à qui ils succèdent. Ils forment depuis le début de juin la direction bicéphale de Bongénie Grieder, une entreprise familiale qui regroupe 15 magasins et emploie 588 collaborateurs dans toute la Suisse.

«Nous sommes deux, mais nous ne formons en réalité qu’un», lance d’entrée Paolo Pitton. Le Transalpin est la première personne sans lien de parenté avec la famille Brunschwig à occuper la tête de la célèbre enseigne de prêt-à-porter. Après avoir mené ses études aussi bien dans son Italie natale qu’à l’étranger, il a entamé sa carrière professionnelle dans un des plus grands cabinets de conseil dans le domaine de la finance, avant d’occuper différentes fonctions au sein de la maison Bally.

Un virage professionnel naturel pour celui dont la mère a été propriétaire de plusieurs boutiques de vêtements. «J’ai grandi entre deux show-rooms.» En septembre 2017, il accepte l’offre de la famille Brunschwig et prend la direction des succursales de la région alémanique, qui ont conservé leur nom d’origine, Grieder.

Des valeurs communes

Lorsqu’on lui demande si la pression n’est pas forte d’être le premier qui rompt la tradition de la transmission familiale, il rougit et sourit: «Non, c’est un honneur de pouvoir épauler la famille et je ferai de mon mieux. Avec Loïc nous échangeons beaucoup, c’est quelqu’un qui dégage une grande énergie et qui est très intelligent.» Une histoire de valeurs communes, d’esprit de famille et de respect, comme il aime à le répéter.

Et ce n’est pas Loïc Brunschwig qui le contredira. C’est lui qui a ardemment souhaité cette direction bicéphale, lorsque l’année dernière, la génération de son père Nicolas, de son oncle Pierre et de leur cousine Anne-Marie de Picciotto a fait part de sa volonté d’accélérer la transition et sondé les héritiers afin de connaître leur intérêt.

Loïc avait temporairement quitté l’entreprise, après y avoir œuvré deux ans et demi au sortir de son master à X-HEC Entrepreneurs à Paris, développant notamment la stratégie digitale. Il a accepté de reprendre le flambeau, mais pas seul. Former un binôme avec Paolo Pitton était pour lui une évidence. «Je suis jeune et peu expérimenté, c’était une condition sine qua non. Paolo dispose d’une grande expérience, il est dévoué à l’entreprise. Il fait preuve de beaucoup de courage dans les décisions, les négociations.»

La complémentarité entre les deux dirigeants est évidente. Aussi bien sur le plan humain qu’opérationnel. Paolo Pitton gère les magasins physiques, les achats, alors que Loïc Brunschwig s’occupe des finances, du développement digital et de la logistique.

Si la 5e génération s’est vu confier les clés du groupe, ses prédécesseurs ne sont jamais vraiment très loin, au propre comme au figuré, pour l’épauler et la conseiller. Pierre Brunschwig fait une brève apparition de courtoisie au cours de l’entretien. L’occasion de savoir si l’arrivée de Paolo Pitton marque un tournant. «Paolo connaît très bien notre entreprise, je ne vois pas ça comme un changement de paradigme par rapport à notre stratégie et à notre volonté de rester un groupe familial.»

Et de souligner qu’il est très heureux de cette transition, à l’issue de quarante et une années intenses et parfois éprouvantes. «Près de la moitié de notre temps de gestion a été marquée par une succession de problèmes et d’événements difficiles: émergence du commerce en ligne, choc de l’euro en 2011 et 2015, covid. Cela a probablement fatigué notre génération. Nous sommes devenus un peu trop défensifs et pas suffisamment offensifs», relève-t-il en lançant aux deux nouveaux dirigeants un regard entendu.

Cela signifie-t-il que la relève va adopter une stratégie plus offensive? «Historiquement, le développement de la société s’est construit sur les occasions d’acquisitions. Dans un écosystème numérique, nous devons avoir une approche plus globale, être plus proactifs et rigoureux», précise Loïc Brunschwig.

D’une seule et même voix

Le commerce en ligne représente aujourd’hui 15% des 200 millions de chiffre d’affaires réalisés par l’entreprise. Il s’agit d’un des axes que le binôme s’emploiera à développer. «Toutefois, la technologie doit avant tout rester au service du client. Contrairement aux sites de vente en ligne purs, les acheteurs savent où nous trouver en cas de problème, cela les rassure», souligne Loïc Brunschwig. Et Paolo Pitton d’abonder dans le même sens: «Nous souhaitons offrir à chacun la possibilité d’acheter où il veut, quand il veut. Tout en conservant la qualité et le service de conseils qui sont la marque de fabrique de Bongénie Grieder.»

En termes d’objectifs, Loïc Brunschwig et Paolo Pitton parlent une fois encore d’une seule et même voix: «Nous voulons nous donner les chances de réussir, en innovant prudemment, avec la frugalité propre aux entreprises familiales. Nous aimerions transmettre à une sixième génération les rênes de la société, qui ne sera, nous l’espérons, pas exactement la même qu’aujourd’hui. Sinon cela signifierait que nous ne l’avons pas fait évoluer.»


Profil

1891 Ouverture du premier magasin Bongénie à Genève.

1972 Rachat du groupe Grieder.

1974 Naissance de Paolo Pitton.

1993 Naissance de Loïc Brunschwig.

2022 La 5e génération prend la tête du groupe familial.


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