– Sur un bateau pour aller où?

– En croisière en famille. Pas forcément loin, la distance importe peu. Si j’avais un but, ce serait l’île Cocos dans le Pacifique, au nord des Galapagos.

– Et sur un pédalo, avec qui?

– Jamais sur un pédalo.

– Fermez les yeux. Si je dis «de l’eau», que voyez-vous?

– Je vois un petit torrent ou une cascade. Le début du cycle, la source.

– Vos premières larmes par amour?

– La naissance de ma fille à laquelle je n’avais pas assisté car j’étais en train de faire le Vendée Globe. Je l’ai vue en vidéo, trois mois plus tard.

– Votre plus belle odyssée?

– Ma première transat en solitaire, à 19 ans, qui avait commencé à terre avant de se poursuivre sur l’eau. J’étais passé par des naufrages, des galères et une arrivée sous les cocotiers aux Antilles.

– Et votre pire costume de bain?

– Quand je suis tout nu.

– Votre plus grand plongeon?

– J’ai horreur de sauter de trop haut. Ce serait plutôt un plongeon dans un sommeil profond. J’aime bien m’endormir.

– Votre record de ricochets?

– Pas loin de 12 ou 13. Avec mes enfants sur la plage devant chez nous au Pouliguen. Ça marche encore mieux dans l’eau de mer, en fait.

– Une saison en eaux troubles…

– La vie n’est pas toujours d’une grande clarté. En navigation, ce n’est jamais agréable, l’eau trouble.

– Henniez bleue ou verte?

– Sans gaz. Parce que c’est rarement naturel. Je n’aime pas l’idée de dénaturer de l’eau.

– Un mot avec un e dans l’o?

– Manœuvre.

– Qu’est ce qui vous fait perdre pied?

– La bêtise, pas la profondeur.

– Qu’entendez-vous quand vous avez la tête sous l’eau?

– C’est tout le problème. Quand on a la tête sous l’eau, on n’entend plus et on ne voit plus. Ce n’est pas une situation agréable.

– Quel goût a l’eau bénite?

– Je n’ai jamais goûté et je ne pense pas qu’il faille essayer parce que c’est plus un rince-doigts qu’autre chose. Le principe de bénir de l’eau me paraît assez surfait.

– Etes-vous le fils de la mer?

– Juste un amoureux.

– La seule musique qui soit plus belle que celle des vagues?

– Water Music, de Purcell.

– Sticks de poisson ou caviar?

– Pas le caviar. Par goût et par principe. Je suis contre ce procédé qui consiste à récupérer des œufs en détruisant les mères porteuses ou essayant de les maintenir en vie. Et la notion de luxe me plaît encore moins. Ni sticks de poisson, quelle horreur.

– L’eau est-elle l’or bleu de demain?

– Elle est l’or bleu d’aujourd’hui.

– Sel de mer sur la peau, vous rincez ou vous léchez?

– Je rince. En mer, j’ai toujours avec moi des petits brumisateurs. Pas ceux qu’on achète dans le commerce, mais les manuels, ceux qui servent à asperger les plantes vertes.

– Aujourd’hui qui sont les sirènes que nous n’entendons pas?

– On n’entend pas assez les sirènes de l’eau elle-même, ses appels de détresse. L’eau au sens large, salée et douce, est forcément en train de crier. Et on ne l’entend pas.

– Quelle boisson pour accompagner votre dernier repas?

– Un petit verre de rouge. Y a plein d’eau là-dedans d’ailleurs.

– O rage, ô désespoir…

– O vieillesse ennemie, que n’ai-je tant vécu pour cette infamie.

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