Le moment a été soigneusement choisi. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a profité de l'hiver pour appeler la semaine dernière «les propriétaires et les gérants d'immeubles de l'hémisphère Nord» à se préoccuper des risques liés au radon. C'est durant la saison froide, en effet, lorsque chacun garde portes et fenêtres closes, que ce gaz cancérigène s'accumule le plus dans les habitations et qu'il s'agit donc de le mesurer pour obtenir les résultats les plus significatifs.

Le radon est un gaz naturel radioactif qui se diffuse dans l'air à partir du sol. Il est issu du radium qui fait partie de la chaîne de désintégration de l'uranium, que l'on trouve en quantités variables dans toutes les roches de la planète. Une fois libéré, il émet des rayonnements fortement ionisants, appelés «particules alpha», qui se fixent sur les aérosols, les poussières et les particules en suspension. Respiré par l'homme, il se dépose sur les cellules des parois des voies respiratoires, qu'il risque fort d'endommager.

Ce gaz ne pose guère de problème à l'air libre, où il se dilue rapidement. En revanche, il peut atteindre des concentrations dangereuses dans les lieux clos. On le trouve notamment dans les mines, les grottes et les usines de traitement des eaux. Mais pas seulement. Il pénètre aussi à l'intérieur des maisons par les ouvertures les plus modestes: les fissures dans le béton, les trous dans le plancher, les pores des murs en briques creuses et les égouts. Les caves sont les endroits les plus touchés, suivies par les rez-de-chaussée et les 1ers étages. Au-delà, le produit ne risque plus guère d'affecter personne.

Deuxième cause de cancer du poumon dans le monde après le tabagisme, le radon provoque chaque année des dizaines de milliers de décès. C'est beaucoup moins que le tabac, mais bien assez pour être considéré comme un sérieux problème de santé publique. D'où l'initiative prise l'an dernier par l'OMS de lancer un «projet international sur le radon». A cause d'une prise de conscience tardive, cependant, la communauté internationale affronte aujourd'hui le danger en ordre dispersé. Si certains Etats, comme l'Allemagne ou les Etats-Unis, ont déjà pris moult mesures pour s'en protéger, d'autres, telle la Chine, commencent seulement à le prendre en considération.

Ce combat-là s'annonce de longue haleine. «Nous nous heurtons à une grande méconnaissance du sujet, explique le Dr Hajo Zeeb, coordinateur du programme sur le radon à l'OMS. Et puis nous devons affronter une tendance générale à la passivité, alors même que se prémunir contre ce danger suppose que des dizaines de millions de personnes prennent chacune de leur côté une série d'initiatives.» Se prémunir contre ce risque suppose de réaliser des mesures, puis, le cas échéant, d'accomplir des travaux pour rendre les sols plus étanches ou les pièces mieux ventilées et enfin de vérifier l'efficacité des rénovations. Un tel effort n'est pas très cher (il revient en Suisse à entre quelques centaines et quelques milliers de francs), mais il prend du temps.

Dans ce domaine, la Confédération fait figure d'élève modèle. Elle n'a pas seulement calculé l'impact précis du phénomène - évalué à 240 morts par an - mais a aussi fixé un taux d'insalubrité à 1000 becquerels par mètre cube (ce que peu d'autres pays ont osé faire) et édicté en 1994 une loi contraignant l'administration à dresser un cadastre du radon, canton par canton, puis commune par commune, dans un délai de dix ans.

«Cette carte a été achevée dans les temps, fin 2004, se réjouit Georges Piller, chef de la section radon à l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). Cela nous permet de nous concentrer désormais sur les zones à risques et d'y prendre des mesures maison par maison.» Ce travail de fourmi s'avère indispensable puisque deux demeures voisines peuvent présenter des taux de contamination très différents. Et il avance: quelque 60000 édifices ont d'ores et déjà été examinés. En Suisse aussi, cependant, beaucoup reste à faire. Les particuliers doivent prendre, d'abord, l'affaire en main. Les propriétaires sont censés prendre l'initiative dans les zones à risques, mais, à défaut, les locataires ont le droit de les obliger à effectuer les mesures ou les transformations nécessaires. Les autorités se sont donné, ensuite, un nouvel objectif. «Notre priorité actuelle est de former les professionnels du bâtiment, explique Georges Piller. Il n'y a pas si longtemps que nous connaissons le problème avec précision, et les mesures de précaution à prendre ne sont pas encore entrées dans la routine de la construction.»

Pour en savoir plus, aller à l'adresse internet «www.ch-radon.ch».