Au terme d'un débat de société passionné, le parlement britannique a décidé d'autoriser les couples homosexuels et les couples non mariés à être candidats à l'adoption. Jusqu'ici, la loi ne permettait qu'aux couples mariés d'adopter des enfants, mais le manque de candidats a incité un député travailliste à proposer cet amendement que les Lords ont fini par accepter hier soir.

«Le droit des enfants oubliés»

Le sujet a révélé de profondes divisions au sein de la société britannique. Malgré sa volonté de moderniser un parti à la traîne dans les sondages, le chef des conservateurs, le peu charismatique Iain Duncan Smith, avait donné de strictes consignes de vote à ses troupes contre la nouvelle loi, au nom des valeurs chrétiennes et familiales. Cette position a été vertement critiquée par plusieurs députés poids lourds de son propre parti, en particulier John Bercow, qui a démissionné de sa position de ministre de la Santé du «cabinet de l'ombre» conservateur pour s'exprimer selon sa conscience. «Pour l'amour du ciel, sortons du pur débat politique, il ne s'agit pas là des droits des gays ou des couples mariés, mais de ceux des enfants oubliés de notre société», a-t-il lancé. Plusieurs députés ont rappelé que la société britannique comptait de plus en plus de couples non mariés, et que le seul fait de ne pas posséder de certificat de mariage ne saurait être une raison suffisante pour être écarté de la possibilité d'adopter.

Un évêque anglican appelle au «réalisme chrétien»

David Hinchliffe, le député travailliste à l'origine de l'amendement de la loi, a accusé les Lords, qui bloquaient jusqu'ici systématiquement le texte, de faire preuve d'«homophobie rampante». Les pairs ont fini par se ranger à l'avis de la chambre des Communes, à une courte majorité (215 voix contre 184). Le plaidoyer le plus fort en faveur de la nouvelle loi est venu de la bouche d'un évêque anglican, le révérend John Thompson. S'exprimant hier matin lors de la traditionnelle minute œcuménique de la BBC, le dignitaire religieux a rappelé que «les couples mariés ne sont pas un gage sans faille de bons traitements, et surtout il vaut mieux qu'un enfant soit pris en charge par un couple que par une mère célibataire qui n'arrive pas à joindre les deux bouts, ou qu'il reste en orphelinat. Nous manquons cruellement de parents adoptifs, il s'agit ici de faire preuve de réalisme chrétien».