Société

La longue enquête sur la catastrophe du vol 111 de Swissair se conclut par un point d'interrogation

Quatre ans et demi après le drame de Peggy's Cove, les enquêteurs canadiens ont rendu hier leur rapport final. Hélas sans cerner la cause première de l'accident, vu l'état de destruction du MD-11. Leurs investigations ont toutefois abouti à une vingtaine de recommandations qui ont permis d'améliorer la sécurité aérienne.

Après quatre ans et demi de labeur, l'enquête sur la catastrophe du vol 111 New York–Genève de Swissair a trouvé un terme officiel jeudi. Le Bureau canadien de la sécurité des transports (BST) a dévoilé à Halifax, en Nouvelle-Ecosse, un rapport final de près de 400 pages sur l'accident qui a tué 229 personnes le 2 septembre 1998 à 11,3 kilomètres au large du village de Peggy's Cove. Le rapport, qu'il est possible de consulter sur Internet (http://www.bst.gc.ca), a d'abord été présenté aux familles des victimes, puis à la presse. Les enquêteurs se rendront prochainement en Europe et aux Etats-Unis pour présenter leurs conclusions aux proches des personnes décédées.

Ces conclusions ne dévoilent pas de surprises majeures. Relevons toutefois deux éléments importants dont l'accentuation, hier à Halifax, n'était pas ou peu attendue. Le rôle dans le drame du système embarqué de divertissement apparaît certes avec force dans le rapport, mais moins nettement, toutefois, que l'inflammabilité extraordinaire des matelas d'isolation du MD-11. Sans la présence de ce matériau combustible de PET métallisé, «cet accident ne se serait pas produit», a affirmé hier le chef des enquêteurs, Vic Gerden.

Deuxièmement, contrairement à de nombreuses spéculations lancées après l'accident, il est apparu que le comportement des deux pilotes du SR 111 a été exemplaire jusqu'à la fin. Compte tenu de la gravité et de la rapidité de l'incendie dans les ultimes minutes du vol, jamais ils n'auraient pu effectuer un atterrissage d'urgence sur l'aéroport de Halifax dans des conditions de sécurité.

En revanche, comme attendu hélas, le rapport final ne cerne aucune cause première et certaine de l'accident, mettant plutôt en évidence une chaîne complexe de dysfonctionnements. L'appareil, qui a percuté l'eau à 560 km/h dans un virage à droite et un piqué de 20 degrés, s'est fragmenté en plus de 2 millions de morceaux. Soumis à une force d'impact inouïe de 350 G, tous les passagers et membres d'équipage sont morts sur le coup. Récupérer les débris du MD-11 par 55 mètres de fond a été une tâche titanesque. Reste que l'avion était trop abîmé pour que les enquêteurs puissent avoir des certitudes sur l'incident initial qui a déclenché la séquence fatale des événements, 50 minutes après le décollage du MD-11 baptisé «Vaud».

Il apparaît qu'un amorçage d'arc électrique sur un fil dont l'isolation était défectueuse a mis le feu, dans le plafond de la cabine de pilotage, au matériau de recouvrement du matelas d'isolation thermique et acoustique. Sans que l'équipage s'en aperçoive tout de suite, l'incendie a ensuite progressé vers l'arrière de l'appareil, puis de nouveau vers l'avant. Si 20 morceaux de fil présentaient des dommages dus à des arcs électriques, un morceau en particulier est suspecté d'avoir été l'un des premiers à avoir déclenché le feu. Il s'agit d'un des fils qui alimentaient le réseau de divertissement de bord, ce système complémentaire inédit, acheté à prix d'or par Swissair, qui avait été installé dans les classes affaires et première de l'avion.

Pour éviter toute mauvaise interprétation, l'enquêteur en chef Gerden a immédiatement enchaîné: «Il est peu probable que ce fil d'alimentation électrique du système de divertissement ait été le seul fil ayant participé à l'événement d'amorçage d'arc déclencheur de l'incendie. Nous soupçonnons fortement qu'au moins un autre fil était en cause, soit un fil de l'avion ou un autre fil du système de divertissement.» Comme cet autre câble électrique n'a pas été identifié, et ne le sera pas, la cause originelle de la catastrophe ne sera jamais connue. Vic Gerden a également relevé que la manière, pourtant parfois fautive, dont le système de jeux et de visionnage de films avait été mis en place à bord n'a, selon lui, joué aucun rôle dans l'accident.

Le point le plus positif de cette enquête colossale, l'une des plus difficiles, poussées et longues de l'histoire de l'aviation civile, qui aura coûté au final 57 millions de francs, est la série de 23 recommandations de sécurité émises depuis 1998 par le Bureau canadien de la sécurité des transports. «L'incendie à bord du vol 111 de Swissair a sonné le réveil de l'industrie aéronautique. Et comme tout réveil, il amène le changement», a affirmé Vic Gerden.

Les demandes de changements, dont une bonne part ont déjà été concrétisés dans les flottes commerciales, touchent pour l'essentiel à la réduction des matériaux isolants inflammables, aux procédures d'urgence en cas d'incendie à bord, aux procédures d'installation des câbles et aux certifications des systèmes de divertissement. Autant de recommandations qui ont permis aux enquêteurs d'affirmer hier que «les mesures de sécurité prises jusqu'à présent ont déjà considérablement amélioré la sécurité aérienne partout dans le monde. L'enquête sur cet accident a donné lieu à d'importants changements dans la façon dont les aéronefs seront conçus, construits, équipés et exploités.»

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