Chaque bébé, à la naissance, est équipé pour entendre tous les sons du monde. Avec les années, l'oreille «devient nationale», comme dit le linguiste Claude Hagège. L'ex-bébé potentiellement polyglotte n'entend plus, et donc ne reproduit plus, que les sons de sa langue.

Dans les années 50, l'oto-rhino-laryngologiste français Alfred Tomatis (mort en 2001) a dessiné le spectre sonore de différents idiomes et fourni une explication au fait que les Slaves sont en général aussi doués pour les langues que les Français sont nuls: les langues slaves, explique Tomatis, mobilisent l'oreille sur un spectre de fréquences très large, allant de 125 à 8000 hertz, tandis que le français se limite à osciller entre 1000 et 2000 (l'anglais entre 2000 et 12 000). Les francophones qui veulent apprendre les langues ont donc, encore plus que les autres, besoin de «s'ouvrir l'oreille» préalablement, comme le leur suggère la méthode Tomatis.

«Intuitions géniales»

Cinquante ans plus tard, force est de constater que cette approche n'a pas écrasé toutes les autres sur le marché de l'enseignement des langues. Pourquoi? «Tomatis a eu des intuitions géniales, mais sur le plan scientifique, il reste contesté», note Ulrike Kaunzner, de l'Université de Bologne. N'empêche, sa méthode est efficace: c'est ce que la linguiste affirme après avoir effectué un test comparatif dans le cadre du programme européen Audio-Lingua (devenu Socrates.) Résultat: 50% de progrès supplémentaires dans un même laps de temps par rapport à une méthode traditionnelle. Alors? Ulrike Kaunzner suggère que, préoccupé par des visées bien plus larges, notamment thérapeutiques, le fondateur des Centres de l'écoute ne s'est pas concentré sur le développement d'un «matériel didactique spécifique» adapté aux besoins du marché. Ainsi, dans un centre Tomatis, l'apprentissage d'une langue commence par 10 heures (30 il y a quelques années) d'«écoute passive» de musique classique «modifiée». Pour un cadre pressé, c'est un programme quasiment contre nature. Une version modernisée de «l'oreille électronique» de Tomatis, dite STP, existe aujourd'hui, mais elle n'est disponible pour le moment que dans les centres de Milan et Paris.

Speedlingua s'est-elle inspirée du maître de l'écoute? Seulement, affirme Jacky Munger, en ce qui concerne le principe de base: il faut d'abord entendre un son pour le produire. Comme son nom l'indique, le nouveau produit convient aux amateurs d'un tempo soutenu, qui contraste avec le rythme lent de la méthode Tomatis. Autre différence, selon Ulrike Kaunzner: l'approche du médecin français – contrairement à Speedlingua – table sur les effets de la «conduction osseuse», soit le passage des sons dans les os.