C’est à Clarens, sur la Riviera montreusienne, que tout a commencé. Nous sommes en 1931. Le professeur Niehans, de la Clinique La Prairie, injecte à ses patients des cellules fraîches de fœtus de mouton noir. Le traitement se veut alors préventif au vieillissement ou adjuvant face à certaines formes de cancer et de maladies virales chroniques. En 1953, sa formule remet d’aplomb le pape Pie XII.

Le buzz est lancé.

Les grands de ce monde, des têtes couronnées aux sommités politiques (Churchill, de Gaulle, etc.), en passant par des célébrités telles que Charlie Chaplin, Marlene Dietrich ou Romy Schneider, posent leurs valises à Clarens. A cette légende s’ajoutent les séjours des stars chinoises Andy Lau et Fay Wong.

Selon les médias locaux anglophones, la Chine a été gagnée par la mode des injections de mouton il y a environ trente ans. Grâce aux vedettes hongkongaises et autres tai-tais (terme désignant les rentières par mariage) naquirent les «voyages organisés de fœtus/placenta ovin» vers la Suisse. Avec des campagnes de promotion nationales comme celles lancées en 2011 et 2012 par la Shanghai Hongyan Bio-Technology.

Phénomène moutonnier

Pour l’heure, ce type de cure concerne un nombre limité de nantis. En Chine, le réflexe de consommation étant largement basé sur l’imitation – on veut ce qu’a acheté son voisin, indique la presse locale –, les tour-opérateurs ont «popularisé» leurs formules, en adaptant les prix. Effet boule de neige assuré, selon plusieurs observateurs.

«Dans un pays aussi peuplé, la concurrence entre individus est folle, explique Xiaoxi Yang Mettraux, directrice de l’agence touristique de luxe Avan, basée à Genève. La société chinoise vous pousse à être le plus intelligent, le plus cultivé, le plus beau. Votre apparence devient un avantage comparatif.»

Pourquoi tenter de rajeunir en Suisse? «Ces cures de mouton sont aussi pratiquées en Chine. Mais on fait plus confiance au savoir-faire et à la discrétion helvétiques», conclut-elle.