Une balade dans les champs de dents-de-lion, par un dimanche éclatant, avec «Milou» et les enfants qui courent devant, cela vous fait-il rêver? Avant de fondre pour ce chien que les enfants réclament à grands soupirs, réfléchir n'est pas luxe. Certes, l'arrivée de ce cousin du loup donnerait à la tribu familiale un petit air sauvage bienvenu, mais que penser de toutes les corvées liées au nouveau venu? Pour ne pas rejoindre le club des parents qui se promènent seuls pour des raisons de chien, mieux vaut s'armer de bons arguments.

Commençons par les résumer. La vie d'un compagnon à quatre pattes dure entre dix ans et quinze ans. Les besoins en sorties d'un spécimen normal se chiffrent à quelque deux heures par jour. Avec une chienne, à moins d'une contraception menée de main de maître, personne n'est à l'abri d'une nichée. «Ma dalmatienne a mis bas dix petits, tous vigousses. Grâce à Walt Disney, les gens me demandaient: «Où sont les 90 autres?» Le gag ne m'a pas fait rire longtemps. Cette période de ma vie était de la pure folie!» confie Christa, mère de deux fillettes et accessoirement éleveuse à plein temps pendant trois mois l'an dernier. Eh oui, même avec un seul chien, otites, parasites, épine dans la patte et vaccins mènent une à deux fois par an chez le vétérinaire. Sans parler des tiques qu'il faut arracher délicatement soi-même avant qu'elles ne tombent, gorgées de sang, sur la moquette. Enfin, quoi de plus ridicule que ces brouilles conjugales qui finissent par un «Je sors avec le chien»? Que le chien soit l'ami des enfants, passe encore. Mais qu'il devienne le confident d'un adulte vivant en couple et qui l'appelle «Bébé» ou «Chéri», quel gâchis. Bref, lors des discussions préalables avec les enfants qui rêvent de labradors et de collies, il convient de rappeler la réalité quotidienne. «Tu es encore trop jeune pour t'en occuper et moi, je n'ai pas le temps» et «Imagine cette pauvre bête seule à la maison pendant que nous sommes à l'école» sont des explications qui tiennent la route.

Attention soutenue

Les parents qui ont réussi à repousser les assauts des enfants auraient tort de relâcher leur attention. Ils comptent sans doute parmi leurs amis des défenseurs des très riches relations entre humains et canidés. Simple calcul de probabilité, puisqu'en Suisse, une famille sur quatre vit avec un chien. Se souvenir qu'à fin mars débute cette période bizarre où les humains se mettent soudainement à sympathiser plus facilement avec les bêtes. C'est un des rendez-vous semestriels avec les chiens, car les femelles sont en chaleur deux fois l'an. Aux yeux des connaisseurs, le fruit de leur portée d'hiver passe pour le meilleur. Une fois encore, un maximum de parents vont craquer pour un chiot d'élevage, voire pour un pensionnaire SPA.

Tous ces arguments anti-chien mis à part, il faut reconnaître que les partisans du «dialogue enfant-chien» disposent aujourd'hui d'une vaste littérature. Depuis dix ans, les travaux scientifiques dans le domaine ont progressé. Faisons le point. Jean-Louis Millot est chercheur au laboratoire de psychophysiologie de l'Université de Franche-Comté à Besançon; Jacques Ortega, éthologue, préside l'association Animonde; Susanna Steimer travaille à l'Institut de recherches interdisciplinaires sur la relation entre l'homme et l'animal à Zurich. Tous trois disposent d'arguments réfléchis.

Un chien familier stimule le développement de l'enfant. Sa présence soutient ses efforts de socialisation. Accompagné de son ami à quatre pattes, le jeune humain lie plus facilement connaissance avec les bipèdes de son âge.

Un chien est capable de protéger les enfants de son maître contre des adultes.

Face aux bambins âgés de 2- 3 ans, l'animal manifeste beaucoup plus de patience qu'un autre enfant. Il désamorce leur agressivité, répondant aux menaces en s'éloignant. Il n'est pas rancunier si l'enfant revient vers lui pour chercher un contact affectueux. L'attitude du chien a souvent un effet déculpabilisant.

Vers 3-4 ans, les enfants cherchent le contact physique. Ils flattent, touchent leur chien. Il est fréquent que l'enfant se réfugie auprès de lui pour se consoler.

Dès 5 ans, place aux jeux interactifs. L'enfant lance un bâton et demande à l'animal de le rapporter. Par la voix, par ses mimiques et par ses gestes, il expérimente des modes de communication clairement décodables par le chien. Cet apprentissage du langage non verbal contribue au développement.

Le chien se met au diapason des personnes proches. Il flaire les messages olfactifs en tenant compte de l'état émotif. Par exemple, il sent le blues d'un(e) adolescent(e) et prendra une attitude appropriée. A l'inverse, à l'annonce joyeuse d'un travail de math réussi, le chien se comportera comme s'il faisait la différence entre une bonne et une excellente note.

Enfin, dans une société coupée du monde sauvage, la présence du chien permet de renouer avec la part animale de l'homme. L'enfant réalise peu à peu que les chiens vivent et meurent plus vite. Et ce n'est pas le moindre des apprentissages.