Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire

SERIE TV

LOST. Les possibilités d'une île

Les héros sont-ils morts? L'île n'est-elle qu'une métaphore? «Lost», ou les robinsonnades des rescapés d'un accident d'avion, est de retour sur la TSR. Et avec elle, les questions des accros.

Retour sur l'île. Jeudi soir, avant TF1, TSR1 diffuse la suite des aventures des robinsons de Lost («perdus»), qui avait déjà animé les soirées télévisuelles de l'été 2005. Nul doute que dans la foulée du succès écrasant de Desperate Housewives, les chaînes misent sur cette autre locomotive pour confirmer la mainmise de la fiction TV.

Les attentes des amateurs ne sont pas moindres. Unique par son ampleur, son budget et son impact, la première saison de la série de J.J. Abrams et Damon Lindelof a aligné les mystères comme les coquillages d'un collier artisanal. Vers la fin, c'était par pure contrainte de production: face au succès, la chaîne avait commandé des épisodes supplémentaires non prévus par les auteurs, qui ont dû tirer en longueur.

Mais selon leur psychologie un peu retorse - ou jouisseuse, selon le point de vue -, les accros de séries veulent des réponses tout en espérant secrètement que le suspense durera le plus longtemps possible. A ce petit jeu, les scénaristes de Lost brillent, et parmi les téléspectateurs qui seront fidèles au poste jeudi soir, les théories abondent.

Les héros sont-ils morts? C'est la première idée qui a circulé entre spectateurs et sur Internet. Les rescapés du vol Oceanic 815 Sydney - Los Angeles auraient en fait disparu dans l'accident, comme les autres. Les aventures de Jack, le docteur, Kate, Sawyer et les autres ne seraient que pure fiction, ou ultime étincelle délirante. «Nous sommes morts il y a trois jours», lance Jack sous forme de boutade. Plus tard, il dit à une veuve: «Votre mari était dans la queue de l'avion. Je suis désolé, mais tous ceux qui étaient à l'arrière sont morts.» Elle répond: «Ils doivent se dire la même chose à notre propos.»

Sont-ils au purgatoire? Hypothèse proche de la précédente, mais sous forme de lecture métaphorique: les héros vivent une sorte de rédemption collective. C'est, en fait, le cas de chaque personnage. Tous souffrent d'un passé trouble ou douloureux, ainsi que d'une histoire familiale déchirante.

Alors que la chaîne avait envisagé une robinsonnade dans laquelle les échoués apprenaient fastidieusement à pêcher, l'idée géniale de J.J. Abrams et Damon Lindelof a été de donner un passé à leurs personnages, sous forme de flash-back. Mieux, de les relier mystérieusement avant leur infortune. Sawyer, le ténébreux, a vu le père de Jack en Australie. Jin, le mari coréen, précédait Jack à l'aéroport. Sun, sa femme, voyait Hurley - le dodu - à la télé lorsqu'il a gagné au loto grâce à une étrange série de chiffres, etc.

L'île est-elle un passage prédestiné? Variante défendue avec quelques bons arguments. «J'ai regardé dans l'œil de cette île, et ce que j'y ai vu est magnifique», lance Locke, le chasseur. Hormis cette créature épouvantable qui agite la forêt, l'île des perdus semble leur offrir ce qu'ils évoquent. Même un ours polaire, apparu dans le premier épisode (le pilote), et dont on découvre qu'il figurait dans une bande dessinée lue par Walt, l'enfant. Locke, en chaise roulante lorsqu'il prenait l'avion, retrouve l'usage de ses jambes. Claire, la femme enceinte qui comptait faire adopter son enfant, va devoir l'élever elle-même.

Les auteurs s'amusent en outre à glisser des références à la philosophie classique avec, comme personnages, un John Locke et une Rousseau - la recluse de l'île, qui, dans la version française, est devenue allemande. Comme si l'île était bien ce degré zéro de la civilisation, ce recommencement hypothétique qu'elle promettait d'être.

Tout ceci est-il totalement surnaturel? Les producteurs du feuilleton entretiennent l'idée en citant La Quatrième dimension comme référence. Par exemple, l'histoire des chiffres de Hurley, les mêmes qui, seize ans plus tôt, ont conduit Rousseau vers l'île, fleure bon le fantastique de la vieille école. Comme la trappe dans la jungle, et, bien sûr, «les autres», ces insulaires hostiles aperçus à la fin de la première saison.

Voilà pour les pistes sérieuses. Il en est des plus légères. Certains soutiennent que les naufragés seraient victimes d'une expérience, sous surveillance vidéo, à l'image du Village de la série Le Prisonnier ou du héros de Truman Show.

L'idée que l'île n'est pas une île a aussi ses partisans, encouragés, au début, par les auteurs. Affolée devant le coût du pilote, la chaîne leur avait suggéré de ne faire qu'un téléfilm. Leur parade avait été d'imaginer un dénouement ridicule par lequel deux gars en salopette débouleraient sur la plage en disant: «Vous n'êtes pas sur une île, mais en Floride!»

Quant à ceux qui détestent cette série, ils soupçonneront une vaste fumisterie destinée à capter le temps de cerveau disponible des téléspectateurs durant plusieurs années sans qu'aucune réponse ne soit prévue. Thèse tout aussi plausible, dont les auteurs se défendent: dans le guide de la série, Damon Lindelof lance: «On n'aime pas trop ce principe d'invention au fur et à mesure: on nous l'a parfois reproché et ça sous-entend que nos choix sont arbitraires. Très tôt, nous avons décidé de ce que l'on savait et ce que l'on ne savait pas.»

Un peu plus loin, J.J. Abrams glisse cependant que «Toutes les questions trouveront-elles une réponse? Non!», tandis qu'un producteur souffle: «A mon avis, on n'entrera pas dans le vif du sujet avant la deuxième ou la troisième saison.» Les fans sont tout à fait au clair: Lost va les perdre encore longtemps.

Lost. Dès jeudi soir sur TSR1.

Mark Cotta Vaz, Lost, le guide officiel. Ed. Fleuve Noir, 176 p.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo société

Des gadgets à dormir debout

Masque oculaire digital, applications qui mesurent les cycles de sommeil, lunettes filtrantes: la technologie peut-elle vraiment nous aider à mieux dormir? Notre chroniqueur en doute. Son édito en vidéo

Des gadgets à dormir debout

n/a