Gagner 13 millions de francs au Swiss Lotto, c'est bien. Mais si le nouveau millionnaire habite Bâle-Ville, c'est encore mieux. Il s'agit en effet du seul canton en Suisse qui ne taxe pas les gains en capitaux obtenus grâce aux mouvements de la fortune privée, ce qui inclut ceux provenant des jeux de hasard. Seule la Confédération réclame dans tous les cas son dû qui se monte à 11,5%. En l'occurrence, cela correspond à 1,495 million de francs. Une paille pour un Bâlois qui devient une poutre pour un Genevois, par exemple. Celui-ci peut en effet voir la timbale qu'il a décrochée amputée de moitié à cause des impôts communaux et cantonaux sur le revenu et la fortune.

La première ponction qui grève un gain du loto est l'impôt fédéral anticipé, fixé à 35%. Celui-ci peut-être récupéré, du moins si l'on déclare la somme au fisc. Mais la sauce à laquelle le nouveau millionnaire sera ensuite mangé peut différer du tout au tout suivant le canton où il réside. Thomas Fischer, expert fiscal indépendant installé à Baar (ZG), a recensé toutes les habitudes en la matière.

Genève, Neuchâtel, le Valais, Zurich et quelques autres considèrent les gains provenant des jeux de hasard comme un revenu et ils sont imposés comme tels. Si la cagnotte atteint plusieurs millions de francs, les taxes, additionnées à l'impôt fédéral direct, dépassent rapidement 35%, voire près de 50% pour le cas de Genève. Un record: à Fribourg, ce chiffre peut théoriquement monter jusqu'à 60%.

Les cantons d'Obwald, de Nidwald et de Schwytz ont fixé leur dîme à 15%. Berne se contente de 10% et Vaud de 7%, multipliés par les indices propres à chaque commune. En revanche les plus heureux en Suisse, outre les habitants de Bâle-Ville, sont les Jurassiens qui ne laissent que 2% de leur nouvelle fortune à leurs autorités et les Tessinois qui se délestent de 5%.

Il n'en reste pas moins que, ce week-end, une commune a peut-être touché le gros lot en même temps qu'un de ses contribuables. Que fera-elle de cet argent? Construire une nouvelle école en marbre? «Certainement pas, estime Thomas Fischer. Les communes qui bénéficient d'une telle manne providentielle en profitent en général pour rembourser leurs dettes.» ,