A Verbier, cela s'appelle un «week-end cool». Et effectivement, l'offre a des côtés très «cool»: elle bouscule les habitudes de location en station, dynamise le marché et s'adapte, enfin, aux nouvelles façons de vivre les loisirs. Jusqu'ici, un week-end à la montagne ne se concevait qu'à l'hôtel. Avec ce qu'il a de décourageant pour le porte-monnaie familial. Désormais, le week-end à ski pourra aussi se vivre dans un chalet ou un appartement loué pour une courte période. Pour la première fois, quatorze agences immobilières de Verbier proposent, du 2 au 24 avril, des locations du vendredi au lundi (3 nuits) ou du lundi au vendredi (4 nuits). Deux cents à trois cents logements participent à cette offre de fin de saison. «C'est un ballon d'essai, explique Eugène Eugster, président de l'AGIV, l'association des agents immobiliers de Verbier. Si cette offre rencontre un intérêt, nous la reconduirons l'an prochain, pour mars déjà. Nous y allons pas à pas.» Clientèle visée: les skieurs anglais qui arrivent pour quelques jours grâce aux vols des compagnies à bas prix et les Suisses habitant à trois heures de la station.

Louer, juste pour un week-end? A Haute-Nendaz, assure Dominique Fournier, responsable d'agence, cela fait bien dix ans qu'on a cassé la règle de la semaine de location. A part pendant la haute saison, les logements sont cédés à partir d'un jour. «Un soir, une famille s'est garée devant l'agence et m'a demandé si j'avais encore quelque chose de libre pour deux jours.» Dominique Fournier leur a dégotté un petit coin. Parfaitement, comme à l'hôtel. «On ne laisse plus un appartement vide», affirme-t-elle. C'est pourquoi, dans une agence comme la sienne, les méthodes s'assouplissent. Pour les vacances de Pâques, elle essaie d'abord de louer à la semaine. Puis, depuis le 10 mars, elle prend des locations sur quatre jours. La dernière semaine, Dominique Fournier avoue qui lui arrive de céder au marchandage, 20 à 30% du prix maximum. Jusqu'ici, la location à moins de sept jours était considérée un peu comme un petit arrangement entre amis. Dominique Fournier tire son chapeau à Verbier: «Bravo d'être les premiers à en faire la promotion.»

Les statistiques de la parahôtellerie sont en Suisse si fantaisistes qu'il est impossible de chiffrer l'augmentation des courts séjours en location. «Ça augmente de plus en plus depuis quatre ans», lance Daniel Schmutz, président de l'API-WIT (Association valaisanne des professionnels de l'immobilier), section tourisme. «Sur l'année, je loue encore à 90% pour la semaine entière, 10 à 15% pour quatre jours» estime Dominique Fournier à Nendaz.

A Crans-Montana, la location sur quatre jours, et plus rarement sur trois, se pratique également en basse saison. «Je viens tout juste de mandater une personne pour réfléchir à un concept de location sur un week-end prolongé pour la saison prochaine», répond Yves Rochat, responsable de l'agence Le Cristal (130 à 140 logements). «Tout le monde profite des fins de saison, sauf la location. Il faut que cela change. Mais pour un client qui arrive le soir même en avion, c'est ennuyeux de devoir encore acheter des denrées comme le vinaigre et le sucre avant de s'installer. Et les clients n'aiment pas utiliser des aliments déjà entamés. Je ne lancerai pas ma nouvelle offre sans avoir résolu ce problème. Par exemple, en passant un contrat avec un épicier de la place, ou un traiteur».

Des locations en week-end, mais pourquoi n'y avoir pas pensé plus tôt? Au pays des histoires touristiques compliquées, les locations ne devaient traditionnellement pas entrer en concurrence avec les hôtels. Le week-end de cocooning, c'était forcément dans les draps d'une auberge. Il y a trente ans, les logements de vacances se louaient pour un mois, minimum quinze jours. La semaine, du samedi au samedi, fut imposée d'une part par le rythme des vacances, d'autre part par les disponibilités des femmes de ménage. «C'étaient les mères de famille valaisannes qui assuraient ce travail le samedi. Maintenant, on manque cruellement de main d'œuvre. Si on morcelle les semaines, il nous faudra assurer davantage d'heures de nettoyage, à tout moment, et ce n'est pas gagner», argumente le président des agents immobiliers valaisans du secteur touristique. A cela s'ajoute qu'un propriétaire préférera toujours louer à la semaine que sur le samedi et le dimanche: un week-end condamne deux semaines de location. Il fallait donc qu'on arrive à un taux d'occupation très préoccupant pour faire accepter l'idée du court séjour. «Ça n'est jouable que sur les fins de saison», estime Eugène Eugster.

Mais les agences de location savent aussi tirer profit de cette évolution. Les prix pour un week-end ne sont pas proportionnels à ceux de la semaine. Même si les skieurs ne vivent que quelques heures dans leur logement, la taxe de nettoyage, comprise généralement dans le prix, est la même que pour une semaine (180 francs pour un 3 pièces à Crans-Montana; 70 à 150 francs à Anzère; de 80 à 300 francs à Verbier). A l'agence Le Cristal

de Crans-Montana, un 3 pièces (6 personnes) est loué 1320 francs pour 7 jours. Pour quatre nuits, le même logement est à 830 francs. Ce qui fait 34.50 francs par jour et par personne. Pour le «week-end cool» de Verbier, la réservation est soumise à un supplément: 900 francs pour une semaine dans un 3 pièces en fin de saison, 700 francs pour trois nuits dans le même espace (38 francs par personne et par nuit, pour un groupe de six). Reste à payer les journées de ski, les repas, et à penser à emporter la literie avec soi pour éviter les frais de blanchissage. Le «week-end cool» a aussi ses petits côtés stressants.