«J'ai une confiance totale en mon frère. Nous avons toujours travaillé en famille»: c'est Louis Dorsaz qui parle, renvoyé sur le banc des accusés au côté de son frère Jean et de sept autres prévenus. Comme il vient d'affirmer ne rien connaître aux affaires de son frère, son avocat lui fait préciser que «c'est à la campagne que nous travaillons ensemble.» Dans la salle, des sourires entendus accueillent la réplique comme une première manifestation de l'esprit de clan des Dorsaz. L'accusation reproche à Louis, qui a travaillé aussi à la Banque Cantonale du Valais, d'avoir aidé son frère à en sortir frauduleusement 7,5 millions.

L'interrogatoire des accusés a commencé jeudi après midi, avec l'audition d'un architecte accusé de s'être prêté à l'achat bidon d'un immeuble dans le seul but de fournir un financement que le principal accusé ne pouvait plus obtenir. Lui aussi avait une confiance totale en Jean Dorsaz. Il est aujourd'hui ruiné. Il dit avoir été manipulé. «J'avais réellement l'intention de devenir propriétaire», répète-t-il. Mais le procureur lui fait admettre qu'il n'en avait pas réellement les moyens.

Alors même que la procédure valaisanne ne l'y contraint pas, le Tribunal a tenu à interroger longuement les parties. Le matin, durant quatre heures, le sous-chef des comptes courants de gestion de la BCV à l'époque, entendu comme représentant de la partie civile, a expliqué le mécanisme du compte «représentant» par lequel Jean Dorsaz a pu creuser un trou de plus de 100 millions à la BCV. Grâce à sa fonction d'agent à Fully, Jean Dorsaz pouvait retirer des fonds en cash sur son compte personnel sans la couverture exigée d'un client ordinaire. «La moitié de la banque était au courant» des dépassements du représentant à Fully, mais personne ne faisait rien. Selon cet employé de la BCV, l'un des membres de la direction de la banque, aujourd'hui accusé, avait pourtant dénoncé cette situation manifestement irrégulière. La banque a d'ailleurs longtemps omis les prescriptions de la législation bancaire sur les risques de crédit.

Après les laborieux préliminaires des premiers jours, la journée de jeudi a donc marqué le vrai début du procès. En ouverture d'audience, le président du tribunal avait motivé le rejet de la quasi-totalité des quatorze incidents de procédure soulevés l'avant-veille par les avocats des accusés.

Nouvel échec de la défense, qui avait déjà essayé, un peu légèrement peut-être, de récuser le tribunal. C'est donc bien à Sion que Jean Dorsaz et les huit coaccusés doivent être jugés. L'ancien représentant de la Banque Cantonale a agi en partie à Fully, dans le ressort du Bas-Valais, mais, pour le tribunal, c'est au siège de la BCV, à Sion, que les effets des actes constitutifs de l'infraction la plus grave reprochée à Jean Dorsaz, l'escroquerie par métier, se sont produits.

Par ailleurs, certains accusés mis hors de cause par le premier juge d'instruction en charge du dossier ne peuvent pas revendiquer d'échapper aujourd'hui à la justice: des faits nouveaux sont survenus entre-temps. Le renvoi de la cause à l'instruction pour complément d'enquête, exigé par l'avocat de Jean Dorsaz, a également été refusé. L'acte d'accusation du procureur – qui, de manière inhabituelle, n'a été ni lu ni résumé à l'audience, les avocats s'y étant formellement opposés – comporte, de l'aveu même du président du Tribunal, certains éléments nouveaux par rapport à l'ordonnance d'inculpation du juge d'instruction. Cela ne justifie toutefois pas un retour à l'instruction. Jean Dorsaz a été suffisamment entendu sur ces points.

Enfin, le défenseur du contrôleur interne de la banque, l'avocat Stéphane Riand, n'a pas eu plus de succès dans sa tentative d'élargir le cercle des accusés au ministre de tutelle de la BCV, l'ex-conseiller d'Etat Hans Wyer, ancien chef du département des finances et membre de la commission fédérale des banques, qui sera néanmoins entendu comme témoin.