Le mot nous est indiqué par Ulrich Schädler, le directeur du Musée du jeu sis au château de La Tour-de-Peilz. Cette année, la sympathique institution de la Riviera vaudoise fête son 25e anniversaire. Voilà qui justifie d’autant plus de consacrer une semaine de nos petites saveurs aux jeux, et à leur riche vocabulaire.

Ainsi, la lourche, que le curieux ne trouvera pas dans les dictionnaires. Egalement colossal lexicographe des passe-temps, Rabelais l’avait mentionnée.

«Lourche» désigne d’abord un ancien jeu du type du backgammon – de la famille du trictrac, que nous saluions lundi. Ce genre de jeu, orchestré sur un plateau à deux compartiments, a généré de nombreuses désignations. Dès 1827, les glossaires répertoriaient le jacquet, une autre variété de trictrac, basée sur un tablier comptant 24 flèches. Les experts expliquent que le jacquet, proche du multezim turc, prenait en quelque sorte la place du trictrac, parce que ce dernier demeurait connoté, rappelant l’Ancien Régime… La popularité du jeu a crû au début du XXe siècle, au point qu’à ce moment-là, l’usage impose «jacqueteur», et bien sûr «jacqueteuse», pour qualifier les adeptes de ce divertissement.

La lourche relève donc du même ordre d’organisation de l’espace de jeu, avec des règles comparables. Ulrich Schädler nous signale que le mot nomme en outre «une sorte de tactique dans ce jeu, lorsque l’on place des doublons sur plusieurs cases de suite». Une manœuvre pour placer ses pions, ou ses dames, tout en occupant des flèches. Notre amusement n’a rien d’anodin.