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La lutte contre le gaspillage alimentaire en trois questions

Cette semaine, le Conseil national a accepté un plan de réduction des déchets d'aliments. En Allemagne, le gouvernement s'est doté d'un ambitieux programme. Le point

Commençons par un mauvais jeu de mot. Le texte voté mardi dernier ne mange pas de pain. Mais son acceptation illustre la sensibilité croissante des politiques aux enjeux environnementaux. Il y a quelques jours, le Conseil national a approuvé, avec une majorité plutôt cossue de 108 voix contre 76, un postulat de la Vert’libérale vaudoise Isabelle Chevalley sur le gaspillage alimentaire. Une décision qui remet le projecteur sur ce fléau industriel.

A ce propos: Le Conseil national veut un plan d’action contre le gaspillage alimentaire

Quelle est l'ampleur du problème?

Les experts illustrent leur propos par cette image: nous jetons environ un tiers de ce qui se trouve dans nos caddies. Selon l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG), en Suisse comme en Europe, un tiers de la production d’aliments est perdue. Parmi les responsables, les ménages sont de loin les plus impliqués dans le gaspillage, pesant 37% du total. Contrairement à une idée répandue, les commerces n’apparaissent pas comme les gros gaspilleurs, leurs rejets représentent 9% du total, contre 27% pour l’agriculture (pertes dues à la météo ou aux insectes, mais aussi au calibrage des fruits et légumes) et 18 % dans la transformation, ainsi les abats de viande.

Le WWF a des chiffres similaires. Il précise que, traduits en émissions de CO2, les déchets alimentaires génèrent chaque année l’équivalent des rejets de 770 000 voitures, un cinquième du parc automobile suisse.

L’OFAG et le WWF diffèrent cependant concernant le coût du gaspillage. Par ménage et toujours par an, l’association écologiste le chiffre à 1000 CHF, l’administration fédérale, à 2000 francs.

Dans les poubelles, indique l’Office fédéral de l’environnement, les biodéchets trônent, à 31 % du contenu; suivent le papier (13%), les déchets composites divers puis les plastiques, à 11 %.

Qu'est-ce qui se fait ailleurs?

Le 20 février dernier, le gouvernement allemand a présenté son plan pour la réduction du gaspillage alimentaire. L’objectif est de diviser par deux la masse de rejets des ménages et entreprises d’ici à 2030. En Allemagne, le gaspillage est estimé à 55 kg par an, presque la moitié de celui des Suisses (100 kg).

Les autorités allemandes ont devisé «plusieurs millions d’euros», sans autre précision à cette heure, pour la lutte contre les pertes. Elle passera pas de nouvelles manières de concevoir les portions dans les cantines scolaires et autres lieux de restauration collective, des réformes au niveau des systèmes de livraison des aliments, et des campagnes d’information massives, y compris sur les emballages.

En Grande-Bretagne, qui passe pour la championne européenne du gaspillage d’aliments, la mobilisation a sonné. Elle se concrétise d’abord par de fortes réductions de prix peu avant la fermetures des commerces, et des restaurants qui ne servent pas le soir. De plus en plus de magasins et de chaînes se joignent à la manœuvre, qui permet aux client d’obtenir des plats à bon prix, parfois 2 à 3 pounds.

Le Figaro racontait récemment le succès de l’application ToGoogToGo, qui existe aussi en France, qui recense les invendus en direct. 4500 commerces en France, 2000 en Grande-Bretagne, y contribuent.

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Que peut-on faire?

Dans un plan d’action sur l’économie verte produit en 2013 et mis à jour en 2016, le Conseil fédéral avait aussi pris l’engagement d’une réduction de moitié des déchets d’ici à 2030. Le postulat adopté mardi par la Chambre du peuple pousse à sa mise en œuvre, par une liste des mesures prévues, leur évaluation et, si nécessaire, de nouvelles mesures. Il ne génère pas de dépenses supplémentaires. Le gouvernement ne s’y est pas opposé, contrairement à plusieurs précédentes démarches aux Chambres en la matière.

Concernant la vie quotidienne, les conseils ne manquent pas – voir par exemple l’intéressante liste de la Fédération romande des consommateurs. Un point encore peu abordé reste celui des frigos d’entreprises, où, là aussi, toute idée est bienvenue.

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