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Maddalena Di Meo aide les enfants à mémoriser facilement les numéros d’urgence

Infirmière de formation, Maddalena Di Meo est aujourd’hui directrice de Firstmed, une société lausannoise qui délivre des cours de premiers secours

Une Veveysanne à Bruxelles

Maddalena Di Meo dirige la société lausannoise de premiers secours Firstmed

Elle fait la promotion, avec Henri Dès, d’un livre-CD permettant de mémoriser les numéros d’urgence dans toute l’Europe

«Je viens de me couper les cheveux. Je ne ressemble plus à mon profil LinkedIn», s’excuse Maddalena Di Meo en arrivant d’un pas énergique dans un café lausannois. Malgré son nouveau «look», elle se considère toujours comme un petit bout de femme dont le parcours pourrait servir d’exemple à ceux ou celles qui n’osent pas se lancer dans une aventure entrepreneuriale. «Si mon histoire peut donner des idées à d’autres femmes, alors tant mieux», estime la joviale directrice de Firstmed, une société lausannoise qui délivre des cours de premiers secours. Elle a rencontré il y a quelques semaines des eurodéputés à Bruxelles, membres de l’EENA, l’association chargée de promouvoir le numéro d’urgence européen 112. Ils ont adressé une lettre ouverte de soutien du projet de Maddalena Di Meo à l’attention de Najat Vallaud-Belkacem, ministre française de l’Education. «Son cabinet va nous accueillir le 2 juillet prochain. Je suis également en contact avec l’Etat de Vaud», se réjouit Maddalena Di Meo, qui commande un cappuccino à la vanille délactosé, tout en plaisantant avec le serveur qu’elle nomme «mon George Clooney».

La cheffe d’entreprise de seulement 35 ans a proposé il y a quelques mois à Henri Dès de composer une chanson permettant aux enfants de mémoriser facilement le numéro d’urgence 144. Convaincu, le chanteur romand a donné naissance à une ritournelle aux rythmes reggae, baptisée «144». Le CD, accompagné d’un livre pour enfant, a déjà été fredonné par 1200 petits Romands. «Ce sont surtout des crèches et des infirmières scolaires qui l’ont commandé. Tous les bénéfices sont reversés à Cansearch.»

Désormais, Maddalena Di Meo et Henri Dès font la promotion du numéro d’urgence européen, le 112. Une version européenne de «144» a été enregistrée en français, en allemand et en italien. L’idée étant de le traduire dans les 24 langues officielles de l’Union européenne. «Je souhaiterais distribuer le livre-CD et le kit pédagogique dans toutes les écoles afin de sensibiliser les enfants, et à travers eux, les familles», prévoit Maddalena Di Meo. Pleinement opérationnel depuis une dizaine d’années, le numéro 112 peut être composé gratuitement à partir d’un téléphone fixe ou mobile, dans n’importe quel pays de l’Union européenne, 24h/24 et sept jours sur sept. Il met l’appelant directement en contact avec le service d’urgence local, pompiers, police, services médicaux. Et pourtant seuls 27% des Européens savent quel numéro composer. Les Français continuent à avoir le réflexe du 18 ou du 15. «Après un arrêt cardiaque, le taux de survie en Suisse n’est que de 5 à 7%. En Norvège ou en Suède, il atteint 20%, fait remarquer Maddalena Di Meo. C’est en éduquant les enfants que l’on pourra faire changer ces chiffres.»

Infirmière de formation, ayant travaillé dix-huit ans dans le milieu hospitalier, Maddalena Di Meo a fait le choix il y a quelques années de quitter la profession, qui ne correspondait plus à ses idéaux. «Les patients sont devenus des numéros où chaque prestation est chronométrée. Désormais, en tant qu’infirmière, je préfère travailler bénévolement. Je peux prendre tout le temps nécessaire avec les patients.»

Elle s’inscrit ainsi au SAWI, le Centre suisse d’enseignement du marketing, de la publicité et de la communication à Lausanne pour effectuer son diplôme, avec mention. Elle y rencontre Raphaël Cohen, directeur du diplôme en Entrepreneurship et Business Development à HEC Genève. Il la convainc de poursuivre sa formation, dans la gestion d’entreprise. C’est ce qu’elle fait tout en continuant à travailler à la clinique Bois-Cerf à Lausanne. «Mes parents n’ont pas tout de suite compris mon choix. Ils aspirent à la sécurité et à la stabilité de leurs trois filles. Je suis la première de la famille à faire des études et à libérer le rôle de la femme», analyse l’aînée des Di Meo. Son père avait quitté le sud de l’Italie à 16 ans pour travailler dans l’hôtellerie à Vevey puis devenir marbrier. Quant à sa mère, elle a suivi son mari quittant ses parents et ses dix frères et sœurs.

Maddalena Di Meo habite toujours Vevey, non loin de sa famille. Elle ne semble pas prête à quitter cette ville qui lui évoque tous ses souvenirs d’enfance, son club de twirling ou le prix qu’elle a reçu pour avoir défendu à la fin de sa scolarité le droit de la femme et de l’enfant.

Le 31 juillet 2011, Maddalena Di Meo était encore infirmière. Le 1er août de la même année, elle est nommée cheffe d’entreprise pour chapeauter septante collaborateurs. «Les fondateurs de Firstmed m’ont laissé ma chance. Ils ont apprécié mon expérience médicale mais aussi mon côté atypique», analyse celle qui se considère comme hyperactive, volontaire et légèrement psychorigide. «Je passe parfois à côté de moments simples», concède-t-elle.

La jeune femme dynamise Firstmed, crée de nouveaux supports de cours avec Mix & Remix et lance par exemple des soirées «Mumware» sur le modèle de Tupper­ware. Des femmes enceintes ou de jeunes mamans réunissent leurs amies chez elles. Un formateur, généralement un étudiant en médecine ou un infirmier, leur explique comment réagir en cas de chute d’un enfant, d’étouffement, de fièvres ou autres symptômes. «Ce sont surtout des astuces pour arrêter de paniquer et avoir les bons réflexes face aux situations d’urgence.»

Environ 8000 personnes ont suivi les cours de premiers secours de Firstmed. «Nous sommes partenaires de plusieurs auto-écoles et travaillons avec les directives du Seco pour la formation en entreprises. Nous formons les employés au massage cardiaque ou les initions à la défibrillation», précise Maddalena Di Meo, qui se partage le marché avec les Samaritains, mais aussi avec toute une série d’indépendants qui souhaitent se lancer dans ce type d’activité.

Peu importe. La directrice de Firstmed a une longueur d’avance. Et des idées qui foisonnent lorsqu’il s’agit de venir en aide aux plus jeunes. «J’ai toujours été portée par des projets liés aux enfants, même si je ne suis pas encore maman.» Elle souhaiterait notamment mettre un jour en place un programme de soins palliatifs pédiatriques qui soutiendrait les familles endeuillées. «Quand un enfant décède, toute la vie sociale et familiale est ébranlée.» Et c’est ce vide que Maddalena Di Meo espère un jour en partie combler.

Après un arrêt cardiaque, le taux de survie en Suisse n’est que de 5 à 7%. En Norvège ou en Suède, il atteint 20%. Question d’éducation

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