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Magali Wahl, directrice de l’Ecole Eden.
© Mark Henley

Portrait

Magali Wahl: son école sans devoirs

Rien ne prédestinait cette mère au foyer à se retrouver à la tête de l’école Eden qui a fêté ses dix ans. Sa directrice souhaite ouvrir de nouveaux établissements bilingues en Suisse romande

Magali Wahl est une femme étonnante qui brasse 1000 idées à la seconde. «Vous m’arrêtez si je me disperse. J’ai tendance à ne pas répondre aux questions», avertit-elle, en guise de préambule, les yeux pleins de malice, derrière ses grandes lunettes rondes.

Une école au pied du Salève

Le coucou accroché au mur de son bureau annonce qu’il est midi. L’Ecole Eden à Veyrier (GE), au pied du Salève, semble se réveiller, laissant planer le brouhaha des écoliers qui se préparent dans les couloirs de cette ancienne ferme totalement rénovée. La directrice des lieux croise des enfants, habillés de beige ou de teintes pastel, s’accordant parfaitement avec les tons de l’établissement. Elle les connaît tous par leur prénom et les salue avec des gestes ou des mots tendres.

Au cœur du village se trouve l’ancien domaine agricole du Gerdil, composé d’une ferme traditionnelle avec son habitation, sa grange, son étable et ses écuries. Il attendait, depuis les années 1980, une affectation qui préserverait la bâtisse historique. Magali Wahl l’a fait rénover en une école où les élèves bénéficieraient d’une éducation individualisée, permettant à chaque enfant de développer son potentiel personnel. «Quand il y a cours de math, toute l’école s’y met. Si un enfant est en avance sur le programme, il peut très bien suivre la matière avec des enfants plus âgés. Mais c’est rare», concède-t-elle.

Changer de posture

Magali Wahl a développé des programmes prenant en compte les émotions. «Des études suggèrent que plus les enfants sont bons émotionnellement, meilleurs ils seront académiquement. Les effets bénéfiques des émotions positives sur la cognition ont été prouvés», dit celle qui a organisé le 15 novembre dernier, à Genève, une table ronde autour des neurosciences et des sciences affectives, avec le professeur David Sander, directeur du Centre interfacultaire en sciences affectives de l’Université de Genève.

Pour la directrice de cette école bilingue français-anglais qui a fêté ses 10 ans, l’enseignant doit apprendre à changer de posture. Il n’est plus le seul détenteur du savoir mais devient un guide. Toutes les tables de travail sont sur roulettes et en forme de part de gâteau pour organiser le travail de collaboration entre les enfants. Ou leur permettre de s’isoler, individuellement ou par petits groupes. C’est aussi une école où il n’y a pas de devoirs. «Les enfants ont déjà passé la journée à apprendre. Cela ne sert à rien de leur rajouter des leçons si ce n’est pour rassurer les parents», dit-elle. En revanche, elle fait la part belle aux jeux d’échecs, au codage informatique, à la musique ou aux cercles philosophiques.

Une vie à se battre

Cette école, qui semble sortir d’un magazine de décoration d’intérieur, a vu le jour grâce à la pugnacité et à la révolte de sa directrice, face au système scolaire traditionnel. «Toute ma vie a été une bagarre», dit-elle. Rien ne prédestinait pourtant cette mère de famille, qui n’a jamais enseigné, à se retrouver à la tête d’un établissement qui accueille désormais 14 enseignants et 65 écoliers de 3 à 12 ans, répartis dans des classes à effectifs réduits.

Née à Paris, Magali Wahl a grandi dans une famille qu’elle qualifie de «petite bourgeoisie française». Son enfance, sage, a toutefois été marquée par la maladie et une scolarité compliquée dans le système public. «J’étais complètement dyslexique et dysorthographique mais je ne l’ai découvert qu’à l’âge de 45 ans. Pendant toutes ces années, sans en être consciente, j’ai rusé pour m’en sortir plus ou moins bien», explique-t-elle. Son baccalauréat finalement en poche, elle rencontre son mari qu’elle épouse aussitôt. Elle quitte cette famille qu’elle qualifie d’excessivement traditionnelle malgré un père artiste, lui-même rejeté du système scolaire pour mauvais comportement.

A 21 ans, la femme-enfant devient mère. Après sa fille aînée Audrey, elle aura encore quatre enfants. «J’aime l’idée d’une équipe. Et j’aime jouer», explique Magali Wahl qui semble n’avoir jamais vraiment grandi. Avec sa tribu, elle connaît quelques difficultés, notamment avec deux de ses fils. «Cela a été très compliqué. Et en tant que mère, on va aussi bien que va le moins bien de ses enfants, explique-t-elle. Le système scolaire leur a coupé les ailes, cassé leur imagination et ébranlé leur confiance.»

Une fondation et des mécènes

Elle fait alors une rencontre décisive en la personne d’Henri Moser, fondateur de l’école du même nom. Elle partage son projet d’école et il lui accorde son crédit. Elle crée, dans la foulée, une fondation et trouve des mécènes prêts à l’aider. Il y a dix ans exactement, elle ouvre son école au cœur de Genève. Elle démarre avec seulement cinq élèves et quatre enseignants. «Au début, mon école avait pour image celle d’un établissement pour des enfants dits «à problème» ou des enfants «à haut potentiel». Il m’a fallu du temps pour changer cette image.

Aujourd’hui, les parents nous choisissent pour la qualité de notre pédagogie et la diversité des outils que nous proposons», s’enflamme-t-elle. Et face au frais d’écolage (22 900 francs annuels), l’établissement se fait un point d’honneur d’accueillir 25% de boursiers. Passionnée et bénévole, elle refuse de qualifier son école de PME. Pourtant, Magali Wahl a tout d’une directrice d’entreprise qui voit grand. Elle ambitionne désormais de créer d’autres écoles Eden en Suisse romande.


Profil

1962 Naissance à Paris.

1985 Enseignante de français langue étrangère.

1992 Participe à la mise en place de l’équipe de bénévoles en soins palliatifs aux HUG.

1994 Naissance de son 5e enfant.

2007 Création de l’Ecole Eden.

2011 Création de la Fondation Eden.

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