Après cinq ans d'existence et 30 numéros, le bimestriel romand 360°, dont la dernière édition sous sa forme actuelle paraît aujourd'hui, entame une mutation profonde. Fini le magazine grand format. Dès octobre, place au mensuel en petit format distribué dans «200 à 250 lieux gay, lesbiens et «friendly» et par abonnement», précise Philippe Scandolera, coprésident de l'association faîtière 360.

«Depuis 1998, on s'en sortait grâce au bénévolat des collaborateurs (une quarantaine de personnes, dont nombre de professionnels des médias, ndlr), explique Cathy Macherel, rédactrice en chef. Nous avons eu envie de pérenniser le projet, de le professionnaliser, et de mieux payer les gens. Nous voulions aussi nous rapprocher des lecteurs. Il fallait passer au rythme mensuel. Ce n'était économiquement pas faisable avec la formule actuelle.»

Le pari est risqué. Les gratuits homosexuels brillent plus par leur agenda et guides que par leur contenu éditorial. «Le sujet a fait débat en assemblée générale», reconnaissent nos interlocuteurs. «Mais gratuité ne signifie pas manque de qualité, précise Philippe Scandolera. Et nous ne serons pas un énième gratuit des lieux de drague.» «Nous ne changerons ni notre ligne éditoriale ni notre contenu, et il ne s'agira pas véritablement d'un journal gratuit, abonnements et vente en kiosque devraient subsister, ajoute Cathy Macherel. Nous continuerons à être un acteur de la communauté, à provoquer le débat. Cela devrait aussi se traduire par une plus grande interactivité, notamment via notre site.»

Tirage quadruplé en vue

Les annonceurs suivront-ils? «Je l'espère, répond Philippe Scandolera, en charge du dossier. En2002 et2003, nous avons cartonné et n'avons pas senti la crise (entre 20 000et 25 000 francs de recettes par numéro, ndlr.) Nous sommes sur un marché de niche, extrêmement ciblé. C'est cela qui intéresse les annonceurs.» «De plus, le tirage actuel (5000 exemplaires) sera presque quadruplé», rappelle Cathy Macherel.

Cette annonce intervient alors que le magazine suisse est arrivé à un arrangement à l'amiable avec son confrère français Têtu. Fondé par Pierre Bergé en juillet1995, le très branché mensuel (43 500 exemplaires payés) avait attaqué 360° en justice pour diffamation, suite à un article traitant de la polémique divisant les milieux homosexuels parisiens quant au futur Centre d'archives et de documentation homosexuelles de Paris. «Il a fallu d'âpres négociations, cela a été un peu l'histoire du pot de terre contre le pot de fer», convient Cathy Macherel.