La méditation est bénéfique à tous, mais elle s'enveloppe parfois d'un peu de flou. Personne n'a jamais su quand était né le Maharishi Mahesh Yogi, décédé mardi aux Pays-Bas. En 1911? 1917? 1918? Comme beaucoup de mystiques indiens, le Maharishi Yogi a entretenu le mystère sur ses origines. Un mystère parfait pour bâtir sa propre légende, ou encore développer un mouvement - la méditation transcendantale - qui revendique aujourd'hui cinq millions d'adeptes et pèse plusieurs centaines de millions de dollars.

Il est avéré, toutefois, que le célèbre gourou est né Mahesh Pasad Varma dans le centre de l'Inde, près de Jabalbur. Son père, fonctionnaire sous le Raj britannique, était membre de la caste Kshatriya, alors en perte d'importance. Après des études de physique à l'université d'Allahabad, le jeune homme entre au service du gourou Deva, l'un des leaders de la communauté hindoue. Il passe une décennie en compagnie du maître dans un ashram d'Uttar Kashi, au pied de l'Himalaya. Le jeune Mahesh assimile la philosophie hindouiste Avaïta Védanta, s'intéressant en particulier à ses techniques d'ascèse. Et au yoga.

Après la mort de son maître en 1953, Mahesh se retire du monde pendant deux ans, puis commence à voyager sur le sous-continent et à dispenser son propre enseignement spirituel. Il se rebaptise Maharishi (grand prophète) et lance lors d'une conférence à Madras, le 1er janvier 1958, le mouvement international de la méditation transcendantale, dont l'ambition est d'améliorer l'état spirituel du monde. Maharishi Yogi entame alors plusieurs tours successifs de la terre, publiant en 1963 son livre programmatique La science de l'être humain et l'art de vivre.

Habile dans l'art de mélanger des préoccupations d'époque à sa technique de développement personnel, le Maharishi tire parti du mouvement hippie pour assurer sa propre promotion. Les Beatles adhèrent à sa cause en 1967, puis séjournent l'année suivante dans son ashram en Inde. Sur place, l'expérience mystique tourne à l'aigre. Selon les versions, les Beatles n'auraient pas apprécié que le gourou tente d'abuser de l'une de leurs compagnes. Selon les autres, le maître spirituel aurait découvert que les musiciens se droguaient dans son ashram. Quoi qu'il en soit, John Lennon a évoqué l'expérience dans la chanson Sexy Saddie, notant à l'adresse du yogi: «You made a fool of everyone» (Vous avez ridiculisé tout le monde).

L'incident n'empêche pas le mouvement de se développer dans les dernières décennies du XXe siècle. Surtout que des études scientifiques viennent confirmer l'efficacité de la méditation contre le stress. De plus en plus d'adeptes passent deux fois par jour 20 minutes à plonger en eux-mêmes et à répéter le même mantra. Les centres d'enseignement se multiplient, les activités commerciales, médiatiques ou politiques aussi (le «Parti de la loi naturelle» est ou était actif dans plus de 80 pays, Suisse comprise). Peu importe que la technique du «vol yogique» et que les affirmations du Maharishi («J'ai mis fin à la Guerre froide») soient souvent ridiculisées. Ou que les campagnes publicitaires récentes pour raser Genève et reconstruire la ville selon les principes de l'architecture védique apparaissent, au mieux, comme farfelues. Les disciples du mouvement n'ont jamais été aussi nombreux. Ils seraient 25000 en Suisse. Des personnalités comme David Lynch restent convaincues, comme il y a cinquante ans, que seule la méditation transcendantale peut apporter la paix.

En 1990, le Maharishi Mahesh Yogi s'était installé dans un ancien monastère franciscain de Vlodrop, aux Pays-Bas. Il communiquait avec son entourage, sur place ou dans le monde, via un système vidéo. Le 11 janvier dernier, le sage barbu s'était retiré de la direction de son mouvement, puis il s'était muré dans un silence complet. Comme l'a relevé hier l'un de ses proches, «Il estimait qu'il avait accompli ce qu'il devait accomplir.»