«Tout va bien». Elle l’a répété à plusieurs reprises, épuisée, hier matin sur France Inter où elle était l’invitée de Sonia Devillers. Maïtena Biraben appelait à la détente, réitérait son plaisir à faire «dans la joie" Le Grand Journal et fustigeait «les peine-à-jouir". Un optimisme de combat pour lutter contre la polémique dont elle est l’objet depuis le 24 septembre. Ce soir-là, recevant l’avocat Eric Dupont-Moretti, la journaliste a évoqué le FN «comme premier parti de France", parlant de son «discours de vérité» dans lequel «les Français se reconnaissent».

L’émission n’était pas terminée que les réseaux sociaux se déchaînaient, relayés le lendemain par les médias traditionnels. On l’accuse de faire le lit du Front National, d’être à la botte de Vincent Bolloré, le nouveau patron de Canal +, d’être sa marionnette pour "droitiser" une chaîne qui a construit sa marque sur une coolitude de gauche. On parle d’elle comme d’une intrigante, d’une potiche, d’une âme perdue. Les anciens, très anciens, comme Philippe Gildas, sortent momentanément de leur retraite pour épingler l’inexpérience de leur jeune consœur. D’autres, comme Jean-Michel Apathie, qui pratique depuis des années le journalisme coucou, estiment qu’il s’agit d’une faute grave.

Daniel Schneidermann parle «d’affermage éhonté des médias puissants au service des intérêts économiques de leur propriétaire». Il ajoute que la chaîne désormais «poursuit un but idéologique». Edwy Plenel, le patron de Mediapart tweete: «Maïtena Biraben, protégée de Bolloré, vante le discours de vérité du FN». L’affaire secoue le monde médiatique, les camps se forment, les rancœurs s’affichent, les règlements de comptes commencent.

Le lendemain de sa contre-performance, Maïtena reconnaît avec un grand sourire qu’elle a commis une maladresse, qu’elle faisait "référence à la forme et non pas au fond", qu’elle aurait dû dire «un discours cash" plutôt que de vérité. Plutôt léger comme défense. Mais c’est la défense candide, presque potache, de quelqu’un qui ne prend au sérieux ce qui est en train de lui arriver, qui met sur le compte du chaos du direct son dérapage, qui ne comprend pas qu’on puisse la soupçonner, elle, d’avoir des affinités avec le FN.

Elle ne sait pas encore où son dérapage va la conduire: dans l’impasse. Lâchée par ceux qui, en juin encore, la portaient aux nues, elle a désormais le soutien du FN, qui a pris l’habitude de saluer via la twittosphère tous ceux que la «gauche bobo «vilipende. Une stratégie qui porte ses fruits: «vous voyez bien que vous êtes complaisants avec le FN puisqu’il vous félicite". L’affaire Michel Onfray relève de la même stratégie.

Il faudra attendre une autre blonde, Nadine Morano, pour que le tsunami Biraben se calme. Une polémique chasse l’autre. Du balai, les sorcières! Mais là encore, c'est un sujet de reproche. Hier, Sonia Devillers lui faisait remarquer que le clash Morano était né sur une chaîne publique et non pas sur Canal + qui, auparavant, était la grande machine à créer du buzz. C’est bien la preuve que la chaîne cryptée n’est plus rien et que Maïtena Biraben est à la tête d’un navire amiral qui ressemble de plus en plus à Titanic. Bref, elle a tout faux. 

Ce 1er octobre au matin, sur France Inter, on n’a rien appris. Bien sûr, Maïtena Biraben jure qu’elle n’a pas Bolloré dans son oreillette, affirme que les programmes du Grand Journal sont décidés par le Grand Journal, confirme que Fabrice Arfi, coauteur d’«Informer n’est pas un délit", dont un chapitre consacré au nouveau patron de Canal, n’est pas censuré contrairement à ce qu’il prétend et qu’il sera invité sur son plateau. Elle dit aussi qu’elle n’a pas intrigué pour avoir le job, qu’elle souhaitait avoir la case horaire mais pas hériter du Grand Journal. Elle ironise en disant que pour ses détracteurs, elle est soit sans cerveau, soit machiavélique.

Il faudra attendre la fin de l’émission pour que la journaliste balance la raison pour laquelle elle a accepté l’invitation de France Inter. «J’ai grandi face au mépris et aux donneurs de leçons. Je voulais venir ici, avec vous, à France Inter, parce que vous bossez bien mais aussi parce que c’est ici qu’il y a eu la plus grande expression du mépris. Quand Charline Vanhoenacker (ndlr: une chroniqueuse humoriste) a parlé de «domestique", c’est la plus grande expression de mépris. Je parle pour tous les salariés de canal et de iTELE: que faut-il faire pour ne pas essuyer votre mépris? Il faut démissionner? Nous ne le ferons pas!", a lancé l’ancienne présentatrice du «Supplément".

Mieux que tous les procès d’intention de ses adversaires, mieux que tous les démentis de la chaîne, on a alors compris que l’esprit Canal, son humour rosse, sa dérision et son insolence, avait bien quitté la chaîne cryptée.