Après deux bonnes décennies dominées par des habits près du corps – pour ne pas dire overmoulants – plusieurs marques en vue (Prada, Vuitton, etc.) se lancent dans d'autres exercices de style. Manteaux jouant sur les volumes (comme sur la grande image de cette page), lignes «tonneau», robes ballons, effets pouf. De quoi voir planer, sur ces collections montrées à Milan et Paris récemment, l'ombre souvent évoquée du grand couturier Cristobal Balenciaga (1895-1972).

Né à Guetaria, au pays Basque espagnol, Balenciaga est remarqué par la marquise Casa Torrès. En 1936, le «couturier du noir et de la construction goyesque» ouvre son atelier à Paris. Alors que la mode marche dans le sens du confort et de la liberté, Balenciaga développe, dans son atelier, son sens de la coupe, un art d'architecte élitaire qui se retrouve aujourd'hui dans les tailles hautes, les manteaux kimonos, certains volumes basculés de l'avant vers l'arrière, les poitrines menues et les dos blousants. En 68, quand la mode descend dans la rue, Balenciaga, «prince frugal d'un luxe suprême dont il est le moine», se retire.

Depuis une douzaine de saisons, la marque Balenciaga est dirigée par le français Nicolas Ghesquières, prodige lui aussi discret, et qui compte parmi les marques les plus inspirées (traduction: copiées) de l'après porno-chic.