«Il n'y a que la Suisse où l'on soit bien slipé. Pour moi, les sous-vêtements helvétiques, c'est ce qui se fait de mieux.» Ce verdict, c'est celui de Valérie Lemercier. Et l'actrice-ralisatrice française a une paire d'arguments à faire valoir. Primo, comme elle l'a prouvé dans un récent numéro du magazine de la Migros, elle connaît la Suisse du shopping comme sa poche (kangourou). Deuxio, dans son film Palais Royal, elle a demandé à son partenaire, le très pudique Lambert Wilson, de se promener un long moment vêtu en tout et pour tout d'un mini-slip. Suisse, évidemment.

Revoilà la fameuse scène. Dans ce film à l'humour aussi réjouissant que potache, Valérie Lemercier interprète la princesse Armelle, un genre de Lady Di mal mariée. Pour se venger de son époux volage (Lambert Wilson) obsédé par son poids, Armelle remplace tous ses slips par des modèles identiques mais choisis deux tailles plus étroits. La princesse se rend donc en cachette dans un commerce chic. Où le vendeur mentionne à sa précieuse cliente la qualité supérieure de sa marchandise. D'origine helvétique, dit-il.

Le plus drôle, c'est que ce royal coup de projecteur pour la mercerie suisse n'est pas fantaisiste. Du prince Charles au roi du Maroc qui se revendiquent de la marque argovienne Zimmerli, le slip confédéral se plaît sous les jupons de la monarchie. D'ailleurs, chez Zimmerli, les modèles les plus portés à Hollywood se nomment Richelieu ou Royal Star. Même chez Calida, on soigne son parfum d'aristocratie avec les lignes Prestige ou Noblesse.

En fait, dans Palais Royal, c'est un slip de la marque Hanro of Switzerland qui moule les formes de Lambert Wilson. Une onéreuse opération de marketing? «Pas du tout», répond Monique Swietelski, chez Hanro. «Nous n'avons pas assez d'argent pour financer le placement de nos produits. Nous nous contentons d'en offrir pour le tournage.» A noter que si Hanro revendique explicitement des racines nationales, la marque a été rachetée par le groupe autrichien Huber en 1991, qui a déplacé l'essentiel de la production dans le Vorarlberg autrichien. Seuls restent quelques locaux à Liestal. Armelle doit en frémir dans sa tombe.

Côté slips, la production de masse a déserté la Suisse. Seule a été maintenue la confection ultra-ouvragée, quasi artisanale. Un genre de slip de précision. La maison Isa Bodywear, par exemple, n'emploie que du coton fin à fibres longues d'une très grande valeur pour sa ligne de prestige côtelée, évidemment baptisée Swissline. Cette matière première luxueuse passe ensuite entre les mains spécialisées de cinq manufactures de l'arrière-pays pour la filature ou le blanchissage, avant d'intégrer les ateliers du siège d'Isa à Amriswil où elle subit découpes et coutures finales.

Représentant le plus absolutiste de cette tradition, la marque Zimmerli a développé des techniques qui procurent confort et liberté aux têtes couronnées - et à leurs bijoux. Outre un procédé de tricotage spécial sur des machines créées exprès, Zimmerli mercerise deux fois le coton pour un surplus de brillance et de douceur. Dès 2006, Zimmerli commercialise Pure Comfort, une collection sportive à haute proportion d'élasthane pour une tenue très près du corps.

Autre tendance forte du marché de pointe, les microfibres synthétiques. Des marques de milieu de gamme comme Calida ou Isa sont particulièrement impliquées dans ces innovations car elles offrent une alternative peu coûteuse aux matériaux naturels comme le coton ou la soie. Les atouts de ces matières synthétiques? «Elles sont très résistantes et peuvent dépasser la soie en douceur», explique Lisa Lantz, responsable marketing chez Calida. Température, aération, elles laissent respirer le corps et lui conservent une chaleur constante. La ligne Marrakech de Calida propose des modèles plus futuristes en microfibres Meryl aux pouvoirs antibactériens. Une création qui ne fera plus redouter une panne de machine à laver.

Peu connue, au contraire de branches comme l'horlogerie ou la chocolaterie, la sliperie suisse n'en demeure pas moins une industrie et un savoir-faire florissants. Entre tradition et modernité, elle survit à la morosité de la branche textile helvétique grâce à une image de qualité supérieure. Outre Hanro, qui se nomme donc toujours Hanro of Switzerland malgré son appartenance autrichienne, l'allemand Schiesser, une entreprise fondée de l'autre côté du lac de Constance par le Suisse Jacques Schiesser au XIXe siècle, accole une arbalète toute guillaumetellienne à son logo. Preuves que l'image Suisse fait vendre dans le monde du slip.

Princesse Armelle, merci de nous l'avoir rappelé.