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«Quand je suis allé voir le film d’horreur [Rec] au cinéma, j’ai dû quitter la salle à cause de nausées épouvantables.» Ce n’est pas la peur qui a ainsi fait fuir Luke, graphiste belge de 42 ans. Mais bien la cinétose, ou mal des transports: un trouble qui se manifeste quand il y a discordance entre ce que voient les yeux et ce que perçoit le corps, notamment via l’oreille interne.

Cette cinétose (ou cinépathie) peut se manifester devant des films réalisés caméra à l’épaule comme [Rec], où l’image bouge beaucoup. Pâleur, bâillements, transpiration froide et nausées jusqu’au vomissement: tels sont les symptômes de la cinétose. «Tout le monde peut être un jour sujet à ces symptômes. Certains sont plus affectés, sans que l’on sache exactement pourquoi. Les enfants de moins de 10 ans sont, eux, très peu touchés», explique Nils Guinand, médecin responsable de l’unité oto-neurologie au service ORL des Hôpitaux universitaires de Genève.

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Plus l’écran est large, plus le risque est grand

Le média économique pure player Quartz a affirmé dans un article que la cinépathie serait la maladie professionnelle du XXIe siècle. Des utilisateurs se sont plaints ces dernières années d’inconfort devant certains iPhones qui utilisent l’effet dit «parallaxe» pour que les écrans aient une profondeur proche de la 3D.

N’est-ce pas un risque, au vu de la présence grandissante des écrans? «La cinétose survient lorsque l’écran couvre une bonne partie du champ visuel, ou sa totalité comme avec les casques de réalité virtuelle», nuance Nils Guinand. «Plus on est nous-même intégré dans l’environnement artificiel et moins on a de repères par rapport à l’environnement réel, plus il y a de risques.» Souffrir de cinétose sur les petits écrans lui paraît donc moins probable.

Dans le monde des gamers, le problème est connu. «J’ai constaté à travers des forums de jeux vidéo que beaucoup vivaient ça», nous explique Luke. Ce passionné a donc écrit à ce sujet sur un site belge auquel il contribue, L’œil carnivore. Il poursuit: «C’est particulièrement fort dans les jeux vidéo à la première personne, dans lesquels on est le personnage qui se déplace. Les concepteurs en sont conscients: il y a des options de réglages pour augmenter son champ de vision.»

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Dans les trains aussi

Luke n’a pourtant jamais éprouvé de cinétose en des occasions où beaucoup en souffrent: dans les transports. Les symptômes sont fréquents lors d’un trajet en voiture en montagne, par exemple. Et le train peut provoquer aussi ce mal, explique Nils Guinand: «Particulièrement les rames qui s’inclinent pour gagner de la vitesse, comme sur le trajet entre Genève et Neuchâtel.»

Mais il existe, pour les transports comme face aux écrans, des solutions: «Il est possible d’entraîner des patients qui souffrent de ce trouble avec des stratégies de désensibilisation. Par exemple avec un casque de réalité virtuelle dans lequel défilent des voitures tandis qu’ils sont sur une plateforme instable. L’idée est de les entraîner à réagir, afin d’éviter que lorsque les premiers symptômes arrivent, ils ne se crispent et que les nausées n’empirent. S’ils ont confiance, ils respirent mieux et leur état peut s’améliorer. Il existe aussi des médicaments pour diminuer les différents symptômes de la cinétose.»

Luke a quant à lui développé des stratégies: faire des pauses, trouver des repères visuels et se tourner vers des jeux dans lesquels une interface entoure l’écran. Ou encore utiliser du gingembre ou de la menthe poivrée, plantes reconnues par l’OMS comme efficaces contre le mal des transports.