A Euseigne, les demoiselles naissent coiffées. Que ce soit les pyramides, curiosités géologiques, ou la douce Alizée, curiosité médiatique. On est très sérieux quand on a 20 ans, qu'on vit dans une ferme et qu'on est l'aînée d'une fratrie de huit enfants.

Docilité et persévérance

ont mené la jeune femme à la finale, puis à la victoire éclatante du concours Top Model 2005, sur M6 jeudi dernier. Mais la dure école du mannequinat d'élite débute par un tour dans l'arène, simulacre des jeux du cirque avec les encouragements, les condamnations et les mises à mort du jury.

Les membres de ce tribunal de l'apparence, ces super-pros de la beauté et du glamour n'en possèdent pas forcément les atouts. Odile Sarron, directrice de casting, virago à la coiffure en casque, visage sec et lèvres pincées, admoneste ses élèves, certaines âgées de 16 ans à peine, de son dard vipérin: «Tu es trop grosse», «Si tu as besoin de ta maman, tu n'as rien à faire ici», «Cette fille est ordinaire, aucune élégance».

De ces victimes consentantes défilant devant les empereurs de la mode, il n'en restera qu'une seule, auréolée de gloire sous les ovations, qui aura vaincu avec bravoure les coups de griffe et les perfidies.

C'est Alizée, sa beauté candide, une bouche pleine comme un abricot du Valais, un regard d'une clarté d'eau de source, qui obtiendra le sésame à une carrière internationale.

Chez elle, pas de séismes émotionnels à la façon de sa rivale à la peau d'ébène Blyvy ou d'air supérieur à la manière de la hautaine Karen. Non, les armes d'Alizée furent sa soif d'apprendre, son esprit de camaraderie, sa fraîcheur et sa simplicité, une personnalité sans faille apparente façonnée dans l'écrin d'une famille unie, entre fabrication du fromage et traite des vaches.

C'est parce que la jeune Suissesse n'avait rien d'un top model, avec son air affiché d'«Heidi à Paris», qu'elle a atteint, mine de rien, le plus haut sommet. L'air des montagnes valaisannes y est certainement pour quelque chose…