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Assister à un mariage à l’église d’un couple de personnes de même sexe, «c’est comme voir un président noir à la Maison-Blanche, cela représente une évolution de notre société!».
© Lopolo/123RF

Sociologie

Mariage gay, tsunami d’émotions

Assister à l’union religieuse de deux personnes du même sexe est un événement encore rare. Certains y perçoivent des émotions particulièrement fortes

Depuis dix-huit mois à peine, c’est possible. On peut assister à ce que l’on nomme – de manière particulièrement romantique – une «bénédiction à l’intention de deux personnes du même sexe au bénéfice d’un partenariat enregistré». Un mariage gay, pour simplifier. Et pour Philippe et Fabian, la chanson «Take me to church» de Hozier aurait pu s’appeler «Take me to the cathedral», puisqu’ils ont choisi la cathédrale de Lausanne pour sceller leur union devant Dieu et devant 350 convives, en septembre 2015. Une invitation à «célébrer l’amour», ressentie par leurs invités et par leur pasteur comme un tsunami d’émotions.

«L’énergie est différente à chaque fois, et je ne pense pas que ce soit lié à l’orientation sexuelle. Tout cela est très complexe! Mais c’est vrai que c’était un moment particulier et très fort. J’ai rarement vécu quelque chose de si impressionnant. Globalement, il y a eu une qualité de partage phénoménale», témoigne leur pasteur, André Joly. Pour ce dernier et pour les heureux mariés, difficile toutefois d’établir un lien entre la force des émotions et l’événement que représente le mariage religieux pour un couple homosexuel.

La visibilité militante

En revanche pour Thierry Delessert, chercheur à l’Université de Lausanne et spécialiste de l’histoire de l’homosexualité en Suisse, ces liens existent bel et bien. Pour plusieurs raisons, la première étant la nouveauté. «Il y a de l’émotion liée au fait d’accéder à un droit qui était jusqu’alors dénié.» Fabian se souvient d’ailleurs de l’aspect «curiosité» de ce mariage. «Des invités voulaient amener des amis, que l’on ne connaissait pas.»

Deuxième raison invoquée par le spécialiste: la visibilité. «Les couples emblématiques en partenariat se sont mis en scène dans leur émotion, également dans un but militant. Nous nous trouvons dans une dimension à mi-chemin entre une démonstration de soi et une volonté de rendre l’acte visible. J’y vois donc une portée militante. Et jusqu’à maintenant, cet aspect s’était développé sous une forme de victimologie.» Toujours selon Thierry Delessert, plus que la volonté des couples gay de se mettre à tout prix devant le plus d’yeux possible, il s’agit de concours de circonstances, qui servent une cause à contre-pied du militantisme victimaire.

Comme un président noir à la Maison-Blanche

Pour Philippe, qui n’a jamais été militant dans l’âme, son mariage avec Fabian a permis aux gens de voir que cet événement peut avoir lieu: «C’est comme voir un président noir à la Maison-Blanche, cela représente une évolution de notre société!» Une comparaison à laquelle adhère pleinement Thierry Delessert. «C’est exactement ça. Il y a les aspects nouveauté, minorisés jusqu’alors, et il y a la bénédiction d’une autorité supérieure, représentée par l’église, qui n’a pas été très gay friendly par le passé.»

Troisième point relevé par le professeur Delessert: l’influence du battage médiatique, stimulé par les opposants. Les anti-mariage pour tous ont en effet utilisé la corde sensible des individus, notamment en les renvoyant sur les questions de la filiation. «Le couple béni par l’église protestante n’a pas le droit de filiation et ne va pas en faire un cas. Mais les opposants, en France par exemple, agitent la fibre émotionnelle qui dit que deux papas et deux mamans, ce n’est pas naturel. L’ensemble du phénomène s’inscrit donc dans le registre de l’affection, puisqu’il y a une crainte de dissolution de la cohésion sociale. Alors que la cohésion sociale ne passe pas seulement par la symbolique du mariage.»

La prochaine étape: les catholiques aussi

Avec le temps, ces cérémonies seront forcément banalisées. En attendant, le mariage de Philippe et Fabian aura contribué à «démarginaliser» l’acte. Fabian a même observé un certain apaisement lié à leur démarche. La prochaine étape importante selon Thierry Delessert? «Ce qui serait fantastique, ce serait une bénédiction de l’église catholique.»

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