«Tout ce que j'ai dit, je le maintiens et le revendique, parce que c'est l'absolue vérité de ce que j'ai vécu.» En trois heures d'audience, c'est tout ce qui est tombé de la bouche de l'accusée, Maïtena de Lavandeyra. Plus connue sous le nom de Marie Laforêt, l'actrice et chanteuse française résidant à Genève est accusée de diffamation à l'encontre de son ex-mari, l'homme d'affaires Eric de Lavandeyra. Elle comparaissait, jeudi, devant le Tribunal de police de Genève. Le plaignant, lui, ne s'est pas présenté.

Non que Marie Laforêt n'eût pas envie d'en dire plus. Fixant tour à tour le président et le procureur général Daniel Zappelli avec un je ne sais quoi de langueur dans le regard, elle brûle même de parler. Mais le président en a décidé autrement. Il commence par l'audition des deux seuls témoins à avoir pu se présenter, tant leur convocation était tardive.

Il est reproché à l'actrice de La Fille aux yeux d'or d'avoir tenu dans divers médias romands des propos qui font passer son ex-conjoint pour un homme menaçant son épouse de mort, vidant les comptes qu'il gérait pour elle, faisant crever les pneus et incendiant la voiture de cette dernière, ayant partie liée avec le crime organisé japonais et qui, de surcroît, est l'un protagonistes de l'affaire Pechiney, l'un des plus grands scandales financiers que la France ait connus.

Jusque-là, rien que de très people. Mais les déchirements du couple avaient pour arrière-fond le retour tonitruant en France de l'ancien conseiller général PRP Didier Schuller, dont le fils, Antoine, lié à Marie Laforêt, avait révélé la cache à Saint-Domingue. Le Temps ne manqua pas d'éclairer ses lecteurs, et l'un de ses journalistes était cité à la barre des témoins. Sa déposition intéressait la défense puisqu'il semblait considérer, à l'époque, les propos de Marie Laforêt comme «moins délirants qu'il n'y paraît», le secret des sources l'empêchant d'aller beaucoup plus loin.

Le deuxième témoin est une amie genevoise de l'accusée. Ses propos sont parfois si peu limpides que le président se voit contraint de lui rappeler que «le faux témoignage est puni d'une peine de prison.» Née au Sénégal, elle y est retournée pour retrouver le village de son enfance. Le reste est moins clair, mais, des discussions qu'elle a pu y avoir avec des amies d'enfance, elle en a retiré la certitude qu'il existait «des connivences entre certains personnages très haut placés dans plusieurs pays de la planète». Il a beaucoup été question de trafic d'armes «qui ne servaient pas à tuer des phacochères». Ce que lui racontera l'actrice française, qui connaît elle aussi ce village, la convaincra d'alerter la police fédérale, qui recommande aux deux femmes le silence le plus total. Les inspecteurs fédéraux n'ont hélas pas pu être déliés à temps de leur secret de fonction pour venir à la barre confirmer ce roman.

L'audience est suspendue. Marie Laforêt devrait être reconvoquée prochainement pour être interrogée à son tour. Mais ce sera difficile: elle joue une pièce à Paris.