La scénographie de l'exposition Marie-Antoinette, aux Galeries nationales du Grand Palais à Paris, est du genre explicite. Le visiteur commence son parcours dans une lumière vive, allégorie d'une jeunesse autrichienne heureuse, mais l'achève dans une obscurité presque totale, histoire de bien souligner la fin de vie tragique de l'épouse de Louis XVI. La transition entre la partie dorée d'une existence royale et les heures de terreur est assurée par un escalier abrupt, qui chute dans le palais comme une héroïne tombe de Charybde en Scylla. Un grand miroir brisé introduit cette dernière section, dont l'ultime salle a la forme d'une guillotine horizontale. Autant dire que la mise en scène du scénographe canadien Robert Carsen, spécialiste de l'opéra, surligne son sujet avec un épais Stabilo symbolique.

Mais le procédé fonctionne à la perfection: il incarne la personnalité superficielle de la reine, soucieuse à l'excès de son apparence, dénuée de profondeur, toujours en représentation (dans sa vie comme dans les rôles qu'elle interprétait dans son théâtre du Petit Trianon à Versailles). L'exposition Marie-Antoinette, grand succès populaire, raconte un destin magnifié par l'image puis achevé par l'image.

Une vie tendue entre deux dessins d'une intensité rare. D'abord le portrait de l'archiduchesse d'Autriche à l'âge de sept ans par le Genevois Jean-Etienne Liotard, dont le crayon saisit d'entrée de cause l'orgueil narcissique de son sujet. Puis à la toute fin de l'exposition l'extraordinaire croquis de David, qui observe sur le vif la condamnée s'en allant avec dignité vers l'échafaud, avec le même port de tête saisi par Liotard trente ans plus tôt.

Au début de son règne, après avoir été mariée adolescente à Louis XVI, Marie-Antoinette peste contre ces artistes qui n'arrivent pas «à saisir son image». Mais l'entrée en scène d'une habile femme peintre, Elisabeth Louise Vigée Le Brun, met un terme à cette frustration. «Votre grand portrait fait mes délices», écrit la reine à l'artiste, après réception de l'un des innombrables tableaux monumentaux qui la représentent, elle seule ou en compagnie de ses enfants. La reine pose toujours avec des tenues à la pointe de la mode, celle du temps ou celle qu'elle lance avec professionnalisme, après un travail préalable de croquis, d'essais et de corrections.

C'est en allant trop loin dans ce désir prescripteur qu'elle cristallise des critiques violentes, préludes aux estampes assassines qui la décriront bientôt comme «Madame Déficit», une débauchée ou une traîtresse à la solde de l'Autriche. Présentée en 1783 dans un salon parisien, une toile de Vigée Le Brun montre la reine en chemise de mousseline (en «gaulle»), une création vestimentaire aussitôt jugée indécente par le public. Marie-Antoinette et sa portraitiste attitrée tentent peu après de corriger le tir, avec des tableaux sages qui décrivent la reine comme une mère dévouée. En vain. Plus personne ne croit à la sincérité de cette femme passionnée par son propre reflet, qui ne daigne regarder un peuple qui a faim, ou comprendre les complots qui déstabilisent de plus en plus le pouvoir royal.

L'exposition Marie-Antoinette est jalonnée de citations qui détaillent l'apparence physique de la reine: son nez aquilin, sa blondeur cendrée, ses yeux bleus, surtout son teint de «lys et de roses», ce teint remarquable dont Vigée Le Brun se souviendra dans ses Mémoires écrits en 1835, quarante-deux après la décapitation de l'aristocrate: «Mais ce qu'il y avait de plus remarquable dans son visage, c'était l'éclat de son teint. Je n'en ai jamais vu d'aussi brillant, et brillant était le mot; car sa peau était si transparente qu'elle ne prenait point d'ombre».

L'attention soutenue de l'exposition aux apparences, aux effets de surface, aux modes, aux premiers degrés peut apparaître comme un anachronisme: le regard d'une époque elle-même obsédée par les images sur une héroïne kitsch. Sophia Coppola n'a pas procédé autrement lorsqu'elle injectait le rock de New Order dans son film Marie-Antoinette. Mais cette grille de lecture contemporaine a le mérite d'appuyer les contours d'un people avant l'heure (sa mère se plaignait qu'elle apparaissait trop dans les «gazettes»), d'une star pré-bling-bling qui avait le goût de la gestion d'image, du plan marketing, de la communication visuelle et du mélange des genres.

A point nommé, le parcours de l'exposition se termine par un vaste «shop» qui propose aux visiteurs un invraisemblable bazar de produits dérivés «Marie-Antoinette». Tout le monde s'y est mis, y compris le scénographe Robert Carsen qui signe les innombrables articles «art de la table». Lalique vend des bijoux, Ladurée les macarons dont raffolait la reine. Les ustensiles du nécessaire de voyage royal sont au rendez-vous, comme l'est la robe pour enfant croquée par Liotard en 1762. Il y a des parapluies, des services en porcelaine, des gravures de mode, des bustes, des étoles, des puzzles, des autocollants, des gommes et des crayons, des éventails et des chapeaux cloche. Et des miroirs, beaucoup de miroirs de poche et de voyage. Ou collés au revers d'une médaille.

Marie-Antoinette, Grand-Palais, Paris, jusqu'au 30 juin. Tous les jours de 10h à 22h, sauf le jeudi jusqu'à 20h. Fermé le mardi. Infos: http://www.rmn.fr