Drôle de métier, et drôle de série. Marilou est comportementaliste pour chiens. Elle vole donc au secours de propriétaires dépités par leurs énigmes à quatre pattes. Autour de cette jeune femme énergique gravitent son amant Thierry, toujours marié à une pimbêche, sa sœur Aline, qui exploite une épicerie-café, un avocat qui s'oppose à elle dans une affaire de morsure, sa mère en partance mentale pour Venise avec un amoureux toujours fuyard, son neveu Cédric, ado du genre... adolescent.

Marilou est la nouvelle série lancée par la TSR, après Paul et Virginie et Les Pique-Meurons. La série est due à Jacqueline Surchat et Karine Spreng-Turrian. La chaîne dit vouloir ouvrir «une fenêtre programmatrice novatrice où détente, intrigue et humour sont au rendez-vous».

La TSR n'a pas lésiné pour cette nouvelle case de feuilleton identitaire romand: tournage en deux parties dès l'été 2005, 150 acteurs locaux, 500 figurants, 24 épisodes de 26 minutes filmés en décors réels et en extérieurs... Encore que pour ce dernier point, le cachet de l'ensemble ne se distingue pas vraiment d'une sitcom ordinaire.

Peu drôle

Les décors aux couleurs criardes, comme l'improbable café d'Aline avec sa caisse enregistreuse d'avant la TVA, résument bien l'ambiance de Marilou. Le feuilleton a des héros qui se disent tout, sans secret ni ellipse. Les jeunes bêlent «M'man», comme dans Mickey Parade, ou lancent à leur père «sorry, fazer». Une fois, des enfants de 10 ans disent à Marilou, à propos de son costume, «qu'on dirait l'Ours Mathurin» - L'Ours Mathurin était une pantalonnade radio-télévisuelle du début des années 90 que, sans doute, aucun môme actuel n'a vue, hormis peut-être ceux de parents qui travaillent à la TSR.

Tout cela réside bien sûr dans le cahier des charges de la comédie, mais le résultat est finalement peu comique, faute d'aspérité. Fiction nourrie de fictions, Marilou raconte un bout de pays trop idéal, lisse, gentil.

Galerie canine

Comme dans Les Pique-Meurons, on est plutôt au café-théâtre. Mais là où les escapades alpestres d'Alain Monney et Lolita Morena reposaient sur une alchimie de clowns, Marilou construit un univers changeant, où la séquence la plus faible nivelle le tout. Il y a, parfois, des moments de délice, comme un pique-nique de l'experte en chiens avec son avocat honni, qui fuit les canidés. Et des séquences d'un ridicule navrant, telles que le racket par les trois ados au phrasé de rappeurs. Poncifs du genre.

D'autant que le feuilleton exploite peu son créneau narratif, basé sur les chiens et leurs maîtres. Il y a bien un cas par épisode, mais celui-ci est traité en vitesse, là où le spectateur aurait pu attendre une savoureuse galerie canine - c'est-à-dire humaine.

Heureusement, Marilou est portée par Natacha Koutchoumov. La comédienne genevoise impose une voix et une présence. Une seconde langoureuse, ou ailleurs, une autre excédée, elle réussit à injecter dans le feuilleton une spontanéité qui, à la lecture des scénarios, devait paraître inespérée. Elle rend ainsi naturelle n'importe quelle ligne de dialogue que les auteurs lui assignent. On n'ose imaginer le désastre avec une autre actrice.

Les amateurs retrouveront en outre quelques habitués des fictions TSR qui apportent un peu de relief à l'ensemble, comme La Castou ou Sybille Blanc.

Marilou. Dès ce vendredi, TSR1, 20h05. Rediffusion samedi, TSR2, même heure. http://www.marilou.ch