Voyages

Au Maroc, de Fès la spirituelle aux charmes atlantiques de Rabat

Dans les deux villes, en dehors des sentiers trop battus par les touristes, respirent l’âme et l’histoire de l’ex-Empire chérifien

L’impression que tout, ici, est sacré. Que malgré la foule qui se presse entre nourritures terrestres et huiles essentielles – ah, les bienfaits de l’argan! – en ce dimanche printanier d’avril dans les ruelles étriquées de la médina de Fès par près de 30 degrés à l’ombre, le calme règne. Dans le parfum des épices et de l’orange partout vénérée, voilà l’aura respectueuse de l’ordre des choses au cœur de cette cité fondée au IXe siècle, qui abrite la plus ancienne université du monde, celle d’Al Quaraouiyine, et sa mosquée attenante au beau toit vert:

En parcourant ce dédale très familial où chinent des femmes presque toutes voilées de couleurs pétantes, accompagnées d’une marmaille joyeuse et prête à échanger quelques pièces d’euro contre des dirhams locaux, soudain surgit l’atelier El Hadj L’Ouazani, l’un des derniers artisans de Fès à fabriquer des brocarts sur des métiers Jacquard. Quatre d’entre eux se trouvent dans cette minuscule échoppe, importés voici plus de cent ans pour tisser des toiles lumineuses et luxueuses, recherchées par les futurs mariés et les créateurs en haute couture des capitales de la mode européenne et américaine.

Respire ici un immense savoir-faire, synonyme d’excellence et de raffinement absolu de ces riches étoffes de soie rehaussées de dessins ornés de fils d’or et d’argent. Elles font écho à la tannerie traditionnelle de Chouara, qui est un passage obligé, quoique pestilentiel – mais un petit bouquet de menthe fraîche offert à chacun des visiteurs pourvoit au désagrément. A quelques encablures, on admire aussi l’architecture mérinide de la médersa Attarine (1325 ap. J.-C.), dont l’agencement harmonieux autour d’un patio à portique se pare de décors de zelliges polychromes, ces lignes épigraphiques sur marbre et carreaux de céramique excisée reproduisant des versets du Coran, subtilement escortés de motifs de plâtre ciselé et de bois de cèdre sculpté:

On s’arrête encore un peu plus loin chez Lakhim Bennani Chakib, juste en face de la porte latérale de la mosquée séculaire. Là, une autre grande porte, majestueuse, drapée de cuivre sculpté, permet d’entrer dans une bâtisse princière à étages, qui a dû appartenir à un ascète vivant de prières et de solitude. La demeure est réaménagée avec goût et maestria: fraîcheur interne, salon marocain à l’ancienne, avec un hall spacieux où l’on a suspendu les plus belles pièces d’une collection de tapis marocains:

Loin de la capitale culturelle et spirituelle du Maroc, à quelque 190 kilomètres d’autoroute, apparaît soudain, au mitan du voyage, la ville de Rabat, capitale du pays et siège du Royaume, au bord de l’Atlantique, à 90 km au nord-est de Casablanca. Elle est séparée de la ville de Salé au niveau de l’embouchure du Bouregreg, d’où leur surnom de «villes jumelles».

Changement radical d’ambiance. Plus cosmopolite, bruyante, quadrillée de milliers de policiers et de gardes royaux – certains à cheval – qui garantissent l’ordre public comme partout au Maroc, ce pays qui, comme les autres du Maghreb, «inquiète l’Europe», écrivait récemment Samir Chakoui, le directeur du journal financier Les Eco. Une ville moderne sans excès, dont Lyautey, en 1912, fit le siège du résident général et du protectorat français. Elle souffre, de nos jours, comme le reste du pays qui a mis ses voyants au rouge, des phénomènes de migrations et du terrorisme supposé qui effraie les touristes potentiels.

Un passage au Mausolée Mohamed V (1909-1961) s’impose, figure hautement respectée du pays, car emblématique de son indépendance: il fut le sultan de l’Empire chérifien de 1927 à 1957, puis roi du Maroc. Le site est à la mesure de l’homme, vaste et inachevé; on s’y promène comme dans une cour pompeuse, conçue par les meilleurs artistes du pays qui en firent un lieu quasi sacré dont la majesté des bâtiments et décors impressionne:

Mais il faut aussi, dans les parages, arpenter le nouveau Musée d’art moderne et contemporain, dont même le parking a été aménagé en cimaises pour accueillir ses collections permanentes et les accrochages temporaires: l’effet est saisissant. L’institution se complète merveilleusement d’un petit saut à la Villa des arts, espace de découverte et de promotion des artistes modernes, lieu de fraîcheur et de poésie propice à la méditation et à l’entretien de ce calme olympien qui caractérise les lieux:

On aurait pourtant tort de croire que Rabat n’est qu’un espace urbain parfaitement adapté aux nécessités du XXIe siècle. Il suffit pour s’en convaincre d’aller humer l’air épicé de la Kasbah des Oudayas, avec ses bâtiments d’argile blanchies et bleuies à la chaux, ses jardins andalous en contrebas et sa colossale plateforme qui donne sur l’estuaire atlantique où s’ébattent ce jour-là, des dizaines de surfeurs et jeunes nageurs. Puis se recueillir sur les ruines de l’ancienne cité romaine de Sala Colonia et la nécropole mérinide de Chellah:

Un groupe de cigognes y faisait escale pour nicher ce jour-là, peu farouches, animant ces lieux arborisés et plantés de fleurs sauvages parfumées. On fait appel à son imagination pour reconstituer cette longue histoire, mais ses mystères font partie de la magie de l’endroit. Il y a décidément de la vie et de l’âme profonde au Maroc en dehors des plages bondées d'Agadir.

Ce reportage a été rendu possible à l’invitation de Royal Air Maroc et de l’Office national marocain du tourisme.


Y aller

La Royal Air Maroc propose un vol quotidien Genève-Casablanca, avec une augmentation des fréquences à 10 vols par semaine durant les mois de juillet-août. Au départ de Zurich, 3 vols par semaine et 4 l’été, également vers Casa. Depuis l’aéroport, il est facile de se déplacer en bus (bon marché) ou en taxi (pas très cher) vers sa destination; www.royalairmaroc.com

Y loger

A Fès: Palais Medina & Spa ***** Daniel Jouvance, avec ses petits déjeuners raffinés et abondants, deux restaurants, piscine extérieure, night-club et lounge bar; chambres dès 130 fr. la nuit: www.palais-medina-fes-spa.hotel-rn.com

A Rabat: préférer se rendre à Skhirat (à 30 min. de route), à l’Amphitrite Palace Resort & Spa (tarifs comparables), avec le même confort, bord de mer en plus et possibilité de pratiquer le golf: www.lamphitrite-palace.com:

Y manger

A Fès: quoique peu variée, la cuisine marocaine est savoureuse, abondante et le plus souvent servie dans des décors magiques, avec un art raffiné de la table et de la mise en place. Au choix, les mythiques pastillas de pigeon ou de poulet, les tajines et couscous divers. Deux adresses à recommander: le somptueux Palais Mnebhi (15, Souikt Ben Safi) et le magique Riad Marjana (16, Derb Ziat Arssat Bennis Douh Batha), qui fait aussi office de guest house; www.riadmarjana.com

A Rabat: le Dinarjat (6, rue Belgaoui) et le prestigieux La Tour Hassan. Très pratique: se munir du petit guide Best Restaurants Maroc 2017, disponible un peu partout, avec lequel on accède à la page web du troquet de son choix en flashant son QR Code. Accueil impeccable et chaleureux, avec une prime à l’arrosage du client rassasié à l’eau de fleur d’oranger. Rens. bestrestaurantsmaroc.com

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