Avec son bouc chenu, sa chemise bleue à carreaux barrée d’une cravate rouge, sa sacoche noire et sa Rolex, on le prendrait aisément pour un représentant de commerce. Un type qui pense avant tout à faire du profit. Et ce n’est pas faux: depuis tout jeune, Martin Zamora est dévoré par l’ambition. Il a d’ailleurs passé sa vie à monter des négoces, de la Catalogne à l’Andalousie. Il investit ici et là, l’argent coule à flots, un jour il fait faillite, le lendemain il rebondit. Dès l’âge de 14 ans, cet adolescent de Murcie entre dans le commerce du malheur des autres: il gravit tous les échelons d’une compagnie d’assurances vie et vend avec une telle facilité les contrats qu’à 20 ans, le voici chef de la société.

«J’ai toujours été fasciné par la mort. Tout petit, mon père me faisait pénétrer dans l’obscurité des cimetières, me poussait à fixer le regard des trépassés. J’en avais une sainte frousse, je l’ai toujours.» Il monte pourtant «tout naturellement» dans sa ville natale une entreprise de pompes funèbres, puis une autre. Se dessine pour lui une destinée d’avide fossoyeur: il s’imagine alors que cette vocation le conduira vers l’aisance matérielle, les voitures de standing, les vêtements de marque. Il ne sait pas alors qu’il deviendra un croquemort atypique; un homme qui rend les corps à ceux qui pensaient les avoir perdus à jamais. Un héros au Maroc où, grâce à lui, tant de «portés disparus» ont recouvré leur dignité post-mortem, inhumés par leurs êtres chers dans l’émotion.