Une fin d’année un peu chargée, nous dit-elle. Mais palpitante et fructueuse. Le 22 novembre dernier, Marylaure Garcia, responsable de l’Observatoire de la sécurité pour la ville d’Yverdon-les-Bains, présentait un nouveau projet pilote pour les victimes et les témoins de harcèlement et de violence, avec la collaboration de la Police Nord vaudois. Au micro du 12h30 de la RTS, elle expliquait que ce dispositif permettrait à ces personnes d’être accueillies, écoutées et accompagnées.

«La nouveauté, insistait-elle, est qu’une répondante issue du domaine social va également intervenir. Comme civile, elle n’est pas soumise au devoir de dénoncer les faits venus à sa connaissance, permettant ainsi d’établir un climat de confiance. L’objectif est de faire sortir du silence le harcèlement et la violence en général.»

Une immense frustration

On la retrouve à Lausanne, dans le quartier de Chauderon, à l’espace santé Lavida. Chaque mercredi, Madame Sécurité d’Yverdon se mue en coach professionnelle. Elle y accompagne des personnes qui vivent des périodes de transition, qui cherchent un équilibre entre vie professionnelle et privée, que le burn-out menace ou qui veulent mieux exploiter leurs compétences.

Il y a chez elle ce besoin constant de venir en aide, «avec calme et en rassurant». Elle se souvient que lors de la pandémie de covid, une immense frustration l’a submergée. Du fait de son statut de civile, elle a travaillé chez elle et n’a donc pas pu monter au front avec ce qu’elle nomme «les collègues uniformés». A titre de secrétaire générale des polices intercommunales vaudoises (seule femme parmi neuf commandants de police), elle a eu beaucoup à faire à distance, coordonner notamment le soutien proposé aux marginaux, toxicomanes et gens de la rue. Mais elle aurait voulu être au côté des policiers et policières dont elle a validé, pour certains, le recrutement. «J’éprouve beaucoup de respect envers cette profession. Jour et nuit, ces agents sont confrontés à la misère humaine. Il faut casser les clichés: leur fonction est davantage sociale que répressive.»

Enfant à Montreux, Marylaure Garcia a veillé sur sa petite sœur. Famille modeste, mère employée de commerce, père mécanicien. Celui-ci quitte le foyer lorsque l’aînée a 6 ans. «Ma sœur et moi étions à cette époque parmi les rares enfants de divorcés», rappelle-t-elle. Le leitmotiv de sa mère: «Fais des études, trouve un travail, sois indépendante.» Marylaure décroche une maturité en économie à Burier, s’inscrit en droit à Lausanne et Berne, obtient un master. Le Palais fédéral cherche de jeunes juristes. Elle intègre pendant ses études la Commission des finances, rédige des PV. Puis celle de recours en matière d’asile à Zollikofen (BE), où elle rejoint une équipe de quatre juristes au secrétariat présidentiel.

«Ça a donné le ton pour la suite de ma carrière, j’ai appris à me confronter à la pluridisciplinarité grâce à un président exigeant mais bienveillant», dit-elle. Dans le même temps, elle se forme à Neuchâtel aux sciences criminelles. Premiers contacts avec les policiers et les procureurs. Une porte s’entrouvre, Marylaure Garcia la pousse: elle est nommée juriste et analyste à l’Office fédéral de police. Exerce durant cinq années. Il y aura ensuite un passage à l’Office cantonal de l’assurance invalidité à Genève en qualité de responsable du service juridique (lutte contre la fraude). Puis au Réseau Santé Lausanne, comme cheffe de projets.

«Ces différentes expériences m’ont confortée dans l’idée que j’aimais œuvrer en équipe, entourée de personnes aux métiers différents. J’ai observé qu’il existe souvent une mauvaise représentation de l’autre, ce qui engendre des conflits et des dysfonctionnements. Il faut juste apprendre à se connaître.»

En 2014, les polices intercommunales vaudoises cherchent leur secrétaire générale. Neuf corps de police, 1000 policiers. Elle est chargée de coordonner la politique des deux associations faîtières politique et opérationnelle. «J’offrais un appui à la gouvernance, j’ai mis en place des campagnes de communication et de recrutement, travaillé aussi sur le sentiment d’insécurité en donnant la parole aux gens. Je prends l’exemple des tags qui peuvent paraître anodins, mais aussi être perçus comme une agression», explique-t-elle.

Une période «anxiogène»

Le covid, en 2020, la fige. Travail à domicile. Un appartement aux Mosses. L’altitude, le grand air et le silence. Elle se sait privilégiée. Une époque propice à la réflexion. «La période était anxiogène. Je sentais que mes compétences humaines n’étaient pas exploitées.» L’idée de coacher lui vient à l’esprit «pour permettre à l’autre d’oser ce qui peut le faire vibrer». Elle se sent légitime à écouter et accompagner des chemins de vie. Et cite Gandhi: «L’avenir dépend de ce que nous faisons dans le présent.»

Marylaure Garcia s’est formée à Genève, au centre de coaching Wakan. «Mes outils font appel à la créativité et au ressenti corporel, à la métaphore aussi. Le coaching a recours à l’intuition et les effets de la méditation en pleine conscience montrent combien notre cerveau est incroyable. Je ne conseille pas, j’aide la personne à trouver ses propres réponses.»


Profil

1976 Naissance à Montreux.

1999 Juriste au Palais fédéral.

2006 Découvre la haute montagne.

2014 Rejoint les polices communales vaudoises.

2022 Certification en coaching.


Retrouvez tous les portraits du «Temps».