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Mathilde: «On parle beaucoup de sexe entre nous, les ados. Mais négativement.»
© Matthias Rihs

Sexe au féminin

Mathilde, 17 ans, la sexualité déjà sous contrôle

Comment une gymnasienne vit-elle ses relations intimes? Elle adopte en tout cas un franc-parler qui surprend

Expliquer vraiment, dans le détail, ce qui plaît, déplaît, allume le désir ou éteint le feu: tel est l’objet de notre série d’été cette semaine. Cinq Romandes de 17 à 67 ans se sont prêtées au jeu du dévoilement, en évoquant leur vie amoureuse et leur sexualité.

 

Mathilde est très jolie. Plus que ça. Avec ses yeux de chat, sa taille fine et ses courbes voluptueuses, l’adolescente accroche le regard. Elle le sait et en joue un peu. Mais elle se protège aussi. Car cette Genevoise de 17 ans a déjà vécu une histoire à l’épilogue désagréable: éconduit après une relation d’une année et demie, son premier petit ami a raconté à tous ses camarades d’école qu’elle était une «fille facile, parce qu’elle avait couché après deux semaines». «Ce qu’il ne dit pas, précise l’intéressée, c’est qu’on flirtait depuis quatre mois… Mais c’est ainsi, les garçons et les filles de mon âge adorent cataloguer et critiquer.»

On parle beaucoup de sexe entre nous, les ados. Mais négativement

Aujourd’hui, Mathilde a quitté cette filière scolaire qui ne lui plaisait pas. Elle souhaiterait travailler avec les personnes âgées, activité qu’elle a déjà expérimentée lors d’un stage. «J’ai adoré les petits vieux! Ils ont tellement d’histoires à raconter. J’ai surtout aimé les pépés italiens, parce qu’ils avaient toujours du plaisir à me voir et faisaient plein de gags.»

On se rencontre sur une terrasse, lors d’une journée torride. Mathilde est surprenante de décontraction. Quand elle détaille ses expériences, elle claironne les termes précis sans se soucier des oreilles qui traînent. «Je ne suce pas, sinon on dit de moi que je suis une p…» Explication? «Les gars ont une grille de lecture très inspirée des films pornos. Une fille qui fait une fellation est directement taxée de salope.»

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Les garçons se font mousser

Autrement dit, rien n’est secret? Chacun, chacune décrit au groupe ce qui s’est passé dans l’intimité? «Oui et non. Pas tout le monde… C’est plutôt un truc de mecs, pour se faire mousser auprès des potes. D’ailleurs, ils inventent même des histoires, des exploits qui n’ont pas eu lieu.»

Comment la sexualité est-elle considérée dans sa famille? «Mes parents sont divorcés. Ma mère, enseignante, est très ouverte sur la question, on en parle beaucoup. On parle de protection, mais aussi de plaisir et de respect. Mon père est plus discret. Cela n’a jamais été un sujet jusqu’au jour où il s’est mis en colère parce que, selon lui, j’étais habillée comme une p… Parfois, j’ai l’impression qu’il est jaloux des garçons que je rencontre, je ne sais pas… Et aussi, j’ai été très gênée quand, devant mon frère âgé de 10 ans, mon père a parlé de sa nouvelle copine qui était bi. J’ai trouvé ça déplacé.»

Sa première fois à 14 ans

Mathilde a connu sa première expérience à 14 ans. Avec Steven, un garçon de sa classe du même âge qu’elle, qui couchait aussi pour la première fois. Ses souvenirs? «Je n’ai ressenti ni douleur ni plaisir. Steven n’a pas éjaculé. D’ailleurs, pendant les dix-huit mois où l’on est restés ensemble, il n’a jamais éjaculé.» Sait-elle pourquoi? «Non, pas vraiment, peut-être qu’il était intimidé.»

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Et le plaisir, en a-t-elle éprouvé ensuite? «Oui, en faisant du frotti-frotta avec lui, jamais par la pénétration.» Ce détail encore, singulier: Mathilde, qui a eu un autre partenaire après Steven, n’a jamais ôté son soutien-gorge pendant ses ébats: «Je n’aime pas mes mamelons, je les trouve trop gros. Mais, récemment, je me suis mise nue devant une amie quand on se changeait et je crois que je commence à les accepter.»

Parmi ses rencontres amoureuses figure Clara, une amie d’école. «On s’est juste embrassées, on n’a pas couché ensemble, je n’ai pas osé, car je n’avais pas d’expérience avec une fille. On ne s’est même pas caressées. Mais j’étais bien avec elle, notre histoire a duré deux mois.» Mathilde se souvient que lorsqu’elle a commencé à se masturber, vers 7-8 ans, elle pensait à des femmes. «Après, je ne dirais pas que je suis homosexuelle comme Clara, qui a eu une histoire de cinq ans avec une fille avant moi… Je continue à être plus excitée par les garçons, même si je les trouve souvent très c…!»

«Le porno, tout le monde en regarde, personne n’assume»

Sa liberté de parole surprend. On le lui dit. Elle sourit. «On parle beaucoup de sexe entre nous, les ados. Mais négativement. On parle du côté sale, on dit: «Ouais, il l’a baisée, c’est trop une p…, cette meuf.» C’est nul, bien sûr, mais en même temps, il y a plein de filles qui postent sur les réseaux des photos d’elles à poil dans le miroir ou même de leur vagin… Je trouve qu’une fille, ça doit se respecter. Si tu «ken» [couches] avec un gars sans en avoir envie, tu ne te respectes pas.»

Quid du porno? En regarde-t-elle? Seule ou en groupe? «Bien sûr que je regarde des films pornos. Seule, quand je me masturbe. Comme tout le monde. Mais personne n’assume, surtout pas les filles. J’en ai parlé à ma meilleure amie, elle s’y est mise cette année et elle aime bien. Le seul truc triste, c’est l’image de la femme, toujours soumise, toujours exploitée.» On lui parle du porno alternatif, tourné par des réalisatrices féministes qui font des femmes des sujets et non des objets. Intriguée, Mathilde promet qu’elle va «regarder ça de près».

Et l’amour alors?

Et l’amour dans tout cela? Mathilde aimerait-elle une belle histoire romantique, équilibrée? «Je dirais que je cherche plus le respect que les sentiments, car j’ai besoin de contrôler l’autre. D’ailleurs, je crois que je n’assumerais pas une histoire équilibrée, car je manque de confiance en moi. Ça peut paraître fou, mais je me demande si une fois j’arriverai à me lâcher tout à fait.»

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