C’était une amie chère, avec laquelle elle avait vécu des choses fortes. Dominique n’a pas assisté à sa mort, ne lui a pas dit adieu, n’a même pas réussi à lui écrire pour lui dire à quel point elle comptait pour elle.

Elle connaissait son intention de faire appel à Exit. Elle l’approuvait sur le principe. Mais du moment où elle a su le jour et l’heure, elle s’est sentie paralysée, «prise en otage», entraînée dans une violente tempête émotionnelle: «Un mois à se dire tous les jours qu’on va appeler, un mois à ne pas pouvoir, à se débattre entre culpabilité et révolte: c’est long.» Et cinq ans plus tard, elle se demande encore: «Pourquoi m’a-t-on donné la date?» Pourquoi le mari – qui lui a annoncé la chose par téléphone – et sa femme n’ont-ils pas affronté le rendez-vous dans l’intimité? «Qu’attendait-on de moi?»

Pour avoir accompagné des proches, Dominique peut le dire: ce n’est pas la mort elle-même qui lui a fait peur. Mais elle n’a pas supporté «le sentiment d’être forcée de jouer une musique qu’[elle] n’avai [t] pas choisie».

«Avant, c’était simple, j’étais pour Exit.» Depuis, Dominique a davantage de questions que de réponses. Son amie, qui souffrait d’Alzheimer mais chez qui les effets invalidants de la maladie ne s’étaient pas encore déclarés, lui a beaucoup répété son souci de ne pas peser sur son entourage. «C’était un leitmotiv. Il suscite en moi le malaise.» Combien de personnes âgées ont cette même préoccupation, se demande-t-elle. «Quand j’étais petite, les vieux qui se sentaient inutiles se pendaient dans la grange. Mais si le suicide assisté devient un geste communément admis, une pratique normale dans les EMS, ne vont-ils pas le comprendre comme une caution morale, presque un encouragement?»

Par crainte d’une banalisation du geste, Dominique a décidé de voter deux fois non, à l’initiative comme au contre-projet.

«Je veux marquer un refus net au changement de société qui se profile. Tolérer le suicide assisté, oui. L’institutionnaliser, non. Ce n’est peut-être pas un vote utile [contre l’initiative], mais c’est un message aux autorités.»

Un silence. Un souvenir passe: «Vous avez vu La Ballade de Narayama?» (Lire ci-dessus.)