Maurice Papon, 87 ans, vêtu d'un costume gris anthracite, a retrouvé lundi sa place dans le box. Seule la cravate noire rappelait son deuil, la perte de son épouse Paulette Papon, 89 ans, qui a motivé cinq jours d'interruption des débats. Après une brève allusion à cet événement, «la mort qui est le signe de ce procès», et vient de «frapper l'accusé près du cœur», Me Jean-Marc Varaut a repris sa plaidoirie, s'adressant «à la droite raison des jurés», et non à leur émotion. Les camps d'extermination, telle est sa thèse, étaient «le secret le mieux gardé de la guerre».

Maurice Papon comparaît depuis le 8 octobre pour son rôle dans la déportation de quelque 1500 Juifs alors qu'il était secrétaire général de la préfecture de Bordeaux de 1944 à 1942, sous le régime de Vichy. Pour Me Varaut, ce procès «qui arrive trop tard» est inéquitable car il a privé l'accusé de faire entendre les témoins à décharge». Aussi, exhorte-t-il les jurés à «refuser de condamner sur commande». «Le statut des juifs, soutient-il, porte atteinte à l'égalité de tous face au droit, mais ne constitue pas les prémices de leur extermination». Il n'y a pas d'avantage de «plan concerté franco-allemand destiné à exterminer les ennemis communs» des deux régimes.

Me Varaut rejette la thèse de l'accusation évoquant une «criminalité de bureau» qui ne nécessiterait «ni preuves, ni indices concordants, ni écrits» signés de Maurice Papon. «On vous demande de mettre le droit pénal entre parenthèses. On vous dit: «peu importe le couteau pourvu qu'il y ait la plaie», s'exclame-t-il, avant de demander aux jurés de «refuser de prendre position à la louche, au jugé, en fonction d'une impression», comme on le leur demande. L'ancien secrétaire général de la Gironde était, pour son avocat, «un fonctionnaire d'autorité mais pas de décision» qui n'a en outre, selon lui, «jamais pris une initiative détachable de sa fonction de secrétaire général et n'a jamais signé un acte» autrement que par délégation de son préfet. Le service des questions juives, lui, «n'avait pas de pouvoirs propres de police» et son fichier était confectionné, bien avant l'arrivée de M. Papon à Bordeaux.

La déportation de Léon Librach, première accusation qui pèse sur l'ancien secrétaire général est «un drame», mais pas un acte inhumain: Maurice Papon ignorait le sort qui attendait la victime. En outre, c'est l'unique cas d'intervention directe de l'accusé, à un moment où il venait de prendre ses fonctions. Le convoi du 18 juillet 1942 est parti, toujours selon Me Varaut sous la «contrainte allemande». Maurice Papon «n'est jamais intervenu, ni par instruction finalisée, ni par des actes personnels, ni par accompagnement des ordres: il n'a montré ni zèle, ni empressement».

Estimant que l'accusé est poursuivi pour une «culpabilité collective» du régime collaborationniste de Vichy qui lui-même recevait ses ordres de Berlin, l'avocat conclut en réclamant l'acquittement, qui seul peut selon lui «satisfaire le droit et la justice». Maurice Papon, contre lequel 20 ans de prison ont été requis, devrait connaître son sort mercredi soir à l'issue de ce procès-fleuve, le plus long d'après-guerre en France.

LT/AFP