Portrait

Maurizio Folini, le saint-bernard de l’Himalaya

Champion des sauvetages en très haute altitude, ce pilote d’hélicoptère italien est une légende vivante des secours impossibles. Aujourd’hui, il transmet son savoir-faire aux Népalais

Cinquante-trois ans, chemise à carreaux, jeans, éminemment sympathique et plus de 10 000 heures de vol dans le corps. Maurizio Folini est secouriste et l’un des meilleurs pilotes d’hélicoptère du monde. Cette année, sur les 720 personnes qui ont escaladé le Mont-Everest, il a dû en sauver une cinquantaine. Mais l’Italien est surtout connu pour avoir établi, en 2013, le record du sauvetage le plus haut jamais effectué, à 7800 mètres, dans l’Himalaya.

Ce jour-là, il faisait un temps magnifique. Un Canadien ayant réussi à atteindre le sommet du Mont-Everest (8848 mètres) a eu des problèmes à la descente. Victime d’un œdème cérébral, il ne tenait plus sur ses jambes. Les sherpas, les guides de montagne népalais, qui l’accompagnaient ne pouvaient pas le transporter. Une autre nuit dans ces conditions et il serait mort.

Larmes de joie

A près de 8000 mètres, on voit la courbe de la croûte terrestre, souligne Folini. «On n’est pas dans un Boeing pressurisé, il y a peu d’oxygène. Pour alléger l’hélicoptère, on enlève ses portes, l’habitacle est vide. Il faut garder son calme et savoir ce que l’on fait.» Une chose est d’arriver là-haut, une autre est de redescendre avec un alpiniste de 80 kilos accroché au bout d’une corde, explique-t-il. En regagnant la base, la tension s’est relâchée, il a pleuré des larmes de joie.

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«Je ne cherchais pas à battre des records, insiste-t-il, je voulais juste secourir ce type. Avec ce sauvetage, nous avons surtout montré qu’avec la formation et l’appareil adéquats, une telle entreprise est possible. D’ailleurs, d’autres sauvetages à très haute altitude ont suivi.»

De l’agriculture à l’hélisauvetage

Né en Valteline, en Lombardie voisine, près de la frontière grisonne, Maurizio Folini a hérité de son père la passion pour la montagne. Le vol est entré dans sa vie avec le deltaplane, puis le parapente. Il s’est formé en agriculture à Coire où il a ensuite travaillé comme enseignant de ski et guide de montagne. Après quoi, il a passé son brevet de pilote d’hélicoptère, en Californie.

Avec son épouse, allemande, et leurs deux adolescents, il vit au-dessus de la vallée de Chiuro (Lombardie), entouré de vignes et d’olives qu’il cultive, «pour se relaxer». Depuis plusieurs années, il travaille en Engadine (GR) où il hélitransporte du matériel sur des chantiers, «un excellent entraînement pour les secouristes». Les pilotes de la Rega, avec qui il collabore, doivent du reste consacrer quelques jours par mois à cet exercice.

Son expérience en Suisse lui a permis de se rendre au Népal où il forme les pilotes de montagne à l’hélisauvetage. «Je suis tombé en amour avec ce pays. Ses montagnes ressemblent aux nôtres, mais elles s’étendent beaucoup plus et sont plus hautes.» Depuis sept ans, il y passe quelques mois au printemps et à l’automne, durant la saison de grimpe. «J’y ai développé des liens très forts. Pendant mes séjours, je dors chez mes amis, dans leur village.»

La montagne respectée comme une divinité

Le rapport à la montagne est-il différent au Népal? «Là-bas, elle est une divinité et respectée comme telle.» Avant chaque expédition, un rite religieux, une puja, est pratiqué pour protéger les alpinistes et leur équipement. Pour les Népalais, la récupération d’un corps est très importante. «Pour en libérer l’âme qui se réincarnera. Chez nous, elle l’est pour l’assurance…»

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Il regrette cependant qu’avec le business du tourisme d’escalade, cette vénération se soit un peu corrompue. «L’argent de ce commerce permet aux Népalais d’améliorer leurs conditions de vie, d’envoyer leurs enfants à l’école.» Des enquêtes ont même montré que des entreprises de trekking pouvaient s’arranger pour que des excursionnistes occidentaux soient contraints de recourir à de coûteuses interventions de sauvetage…

Aide aux victimes du séisme de 2015

Les sherpas ont toujours une longueur d’avance, souligne-t-il. «Ils ont la capacité génétique d’assimiler plus d’oxygène que nous. On peut les laisser à 6000 mètres et ils se débrouillent très bien.» Avec eux, après le tremblement de terre de 2015 qui a dévasté le pays, Maurizio Folini a passé plusieurs semaines à secourir les victimes. «Dans des conditions chaotiques, nous portions les blessés aux camps sanitaires, les hôpitaux avaient tous été détruits.»

Pour sa famille, le savoir là-haut ne doit pas toujours être facile? «En effet, mais ils se sont habitués, c’est mon travail.» Il ne nie cependant pas que les risques existent, lui-même a perdu des amis.

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