Sur le front de la lutte contre le réchauffement, 2009 s’annonce comme une année charnière. C’est en décembre prochain, en effet, à Copenhague, que la communauté internationale est censée se remettre en ordre de bataille pour donner un successeur au Protocole de Kyoto, l’accord le plus exigeant jamais négocié jusqu’ici en matière de limitation des gaz à effet de serre. Pour aider à sa préparation, des centaines de climatologues se réunissent de mardi à jeudi dans la capitale danoise afin de livrer les dernières conclusions de leurs travaux. Or, deux ans après la publication du IVe rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), un document qui avait déjà mis le monde en alerte, les nouvelles qu’ils rapportent sont mauvaises. La situation aurait empiré.

Hausse des émissions

L’Américain Christopher Field compte parmi les nombreux chercheurs à avoir tiré la sonnette d’alarme ces derniers mois. Cet expert de l’Institution Carnegie pour la science a déclaré à la mi-février, lors de la réunion annuelle de l’Association américaine pour le progrès de la science, que l’homme émet plus d’émissions de gaz à effet de serre que jamais. Malgré tous les avertissements, a-t-il déploré, les émissions de dioxyde de carbone ont augmenté de 3,5% par an depuis 2000, contre 0,9% par an au cours de la décennie précédente. La raison principale de cette accélération serait l’utilisation croissante du charbon comme source d’énergie.

Or, la Terre, dont les réactions pèsent extrêmement lourds dans le processus, a elle aussi réservé depuis deux ans quelques mauvaises surprises aux chercheurs. On sait de longue date que la fonte des sols gelés, le permafrost, libère du CO2 et du méthane dans l’atmosphère. Combien? Pour en avoir le cœur net, une équipe de l’Université de Fairbanks, en Alaska, a prélevé et analysé des échantillons de sols provenant de 117 sites dispersés dans le grand nord du continent américain. Echantillons qu’elle a pris à 1 mètre de profondeur, ce qui n’avait encore jamais été fait dans le cadre d’une étude de cette ampleur. Conclusions, publiées en août dernier dans le magazine Nature Geoscience: les quantités stockées sont beaucoup plus importantes que prévu. Gare, donc, plus que jamais à leur émission!

La mer, qui constitue le principal «puits de carbone» de la planète, donne aussi quelques soucis. Les nombreuses équipes scientifiques qui étudient aux quatre coins du globe les échanges de gaz entre l’océan et l’atmosphère arrivent à la même conclusion. Le réchauffement climatique provoque une augmentation de la vitesse des vents, qui cause un brassage plus important des eaux de surface et des eaux profondes, où se concentre normalement le CO2. Résultat: les premières récupèrent tellement de carbone issu d’en bas qu’elles commencent à souffrir de saturation et peinent de plus en plus à en absorber provenant d’en haut.

Pendant ce temps, les effets du réchauffement se font sentir de manière toujours plus nette. Dans l’Arctique, la région du monde la plus sensible au phénomène, la banquise permanente continue de décroître. Elle a atteint en 2008, à la mi-septembre, sa deuxième superficie la plus réduite depuis 1979 et les premières observations par satellite. Elle s’avère parallèlement de plus en plus fine. Les plateformes de glace d’une épaisseur de 70 mètres et plus s’étendaient sur 9000 km2 il y a un siècle. Elles ne couvrent plus aujourd’hui que 1000 km2.

L’Antarctique touché

La banquise n’est qu’un témoin du réchauffement cependant. Elle peut fondre autant qu’elle veut sans modifier le niveau des océans. Il en va autrement des glaciers continentaux, notamment des deux plus grands d’entre eux, les inlandsis du Groenland et de l’Antarctique. Leur dégel déverse en effet dans la mer de l’eau supplémentaire. Or, là aussi – là encore –, le changement climatique paraît plus brutal que prévu. Selon des mesures prises par radar et par satellite, la calotte de la grande île danoise, qui renferme 10% de l’eau douce de la planète, fond deux fois plus rapidement qu’il y a deux ou trois ans, a annoncé l’été dernier le professeur Soeren Rysgaard, de l’Institut de ressources naturelles du Groenland à Nuuk.

Pour couronner le tout, il s’avère que l’Antarctique prend le même chemin. Alors que l’endroit paraissait rester quelque peu en marge du réchauffement, il s’avère désormais qu’il n’en est rien. Des chercheurs américains de l’Université de Washington à Seattle et de l’Institut Goddard pour les études spatiales à New York, Eric J. Steig et Drew T. Shindell, font état d’une hausse générale des températures sur l’ensemble du continent austral, et non seulement dans certaines de ses régions comme la péninsule Antarctique. En janvier, dans un article de la revue Nature, ils ont affirmé avoir constaté une hausse générale de température de 0,2 degré Fahrenheit par décennie, soit une évolution très comparable au réchauffement moyen de la Terre.

Dans le droit fil de ces observations, le niveau des mers monterait plus rapidement qu’attendu. Lors de la réunion annuelle de l’Association américaine pour le progrès de la science, une spécialiste du Centre français d’études spatiales, Anny Cazenave, a ainsi assuré que les mesures satellite les plus récentes témoignaient d’une hausse de 1 centimètre par an dans certaines parties de l’Atlantique Nord, du Pacifique occidental et de l’océan Austral. Et ce n’est sans doute qu’un début.