L'entraîneur du PSG, Christophe Galtier, a fait son mea culpa mardi. «Croyez-moi que je suis concerné sur les problèmes de climat, de notre planète, je sais la responsabilité que nous avons. (...) On n'est pas hors sol, on est très lucides, simplement, c'est une blague qui arrive au mauvais moment, qui est de mauvais goût, et je le regrette», a plaidé le technicien au micro de Canal+.

La conjonction de facteurs relevait presque de la mise en scène. Lundi soir, sur fond de conflit ukrainien mêlé d’urgence climatique, Emmanuel Macron exhortait les Français à «être au rendez-vous de la sobriété». Le but: réduire de 10% environ la consommation de chacun. Ce même lundi soir, sous le crépitement des flashs d’une conférence de presse, l’entraîneur du PSG Christophe Galtier servait une double dose d’ironie à un journaliste s’interrogeant sur le bien-fondé des déplacements de l’équipe en jet.

«Ce matin, on a discuté avec la société avec laquelle on fait nos déplacements pour savoir si on ne pouvait pas se déplacer en char à voile», a-t-il lancé hilare, à côté d’un Kylian Mbappé pris d’un fou rire. «Et à tout cela, vous pouvez ajouter, ce même lundi soir, un orage d’une rare violence qui a balayé la région parisienne et a fait peur aux gens. Or, on sait que ces phénomènes sont une des conséquences du réchauffement climatique», lance l’économiste du sport Christophe Lepetit. «Arrogance», «don’t look up», «mépris»: une tornade médiatico-politique s’en est suivie, et elle en dit long sur le moment que nous vivons.

Pour Christophe Lepetit, trois grilles de lecture sont possibles. La première, la plus basique, relève de l’erreur de jugement, individuelle. Là-dessus, «quoi qu’ils en pensent, il est vraiment étonnant que des sportifs de ce niveau se soient laissés aller à cette sortie quand on sait combien ils maîtrisent leur propre communication. Ils avaient forcément anticipé cette question, qui tourne sur Twitter depuis 24 heures. C’est malheureux, parce que cela a révélé une forme de déconnexion des débats actuels, mais ce n’est, au fond, pas le plus grave.»

«Victimes et responsables»

En revanche, la flagrante incompatibilité du sport business, tel qu’il existe aujourd’hui, avec la lutte contre le réchauffement climatique, est un vrai sujet. «Le modèle même des compétitions sportives basées sur la maximisation de la performance et du temps de récupération se heurte au principe d’une nouvelle réalité. En cela, les clubs et les joueurs sont à la fois victimes et responsables. C’est fondamental, car on comprend désormais que le nouveau paradigme climatique va l’obliger à se réformer», souligne l’économiste.

Enfin, et cela n’a pas échappé aux commentateurs – cette séquence pose la question de la participation des élites économiques, tous secteurs confondus, à «l’effort» de lutte contre le réchauffement climatique. Le rire de Kylian Mbappé, multimillionnaire, est-il celui d’une classe sociale qui s’amuse du fait qu’on lui demande d’arrêter de chauffer ses multiples piscines avant de piquer une tête? Pour Christophe Lepetit, il y a peut-être de cela, mais dans le cas précis de jeunes joueurs pris en défaut, cela reste difficile à établir. «On parle d’un jeune de 23 ans.»

Pour la sociologue du sport Béatrice Barbusse, la question de la classe sociale est également plus complexe qu’il n’y paraît. «A quelle classe sociale, au sens sociologique du terme, appartiennent vraiment les footballeurs? Il n’est pas aisé de les mettre dans des cases», estime-t-elle. Ils ne sont pour la plupart pas nés avec le même capital culturel ou social que d’autres élites économiques. «Ce que je note, moi, c’est que pendant qu’on s’indigne des sorties individuelles, on ne réfléchit pas aux actions collectives. Or, tout le monde sait qu’au fond il ne s’agit pas tant de ce qu’a dit ou fait untel ou son club, mais d’une action coordonnée, cohérente, au niveau national. Et c’est là-dessus que planchent nos ministres, et là-dessus encore que devraient plancher nos médias.»

Grand public sous haute tension

Le plus frappant aujourd’hui est surtout, selon Christophe Lepetit, la réaction du grand public, auprès duquel «ça ne passe plus». «Il y a quelques années, on nous parlait de +3 degrés en 2100 et personne ne réalisait ce que cela signifiait. Là, on se rend compte que les actions à prendre sont urgentes, qu’il fait régulièrement 45 degrés et que les forêts brûlent. Ils n’acceptent plus, d’une part que ceux qui polluent et consomment le plus ne fassent rien, d’autre part qu’on leur enjoigne, à eux, de faire toujours plus de sacrifices.»

Reste que dans une société où la réussite sociale est encore largement corrélée avec la réussite économique individuelle, la responsabilité qui incombe aux «héros» contemporains comme Mbappé (72,5 millions de followers sur Instagram) est énorme en matière d’éducation et d’influence. C’est peut-être de là, au fond, que naît la déception du grand public: qu’une figure publique dispose d’un tel pouvoir et choisisse d’en rire. «D’autant plus que Kylian se rêve en role model pour les jeunes, il aspire à être autre chose qu’un jeune footballeur.» Occasion ratée.