Face à un homme dans la cinquantaine, un peu enrobé, ressentant des douleurs thoraciques, le médecin va s'empresser de faire un électrocardiogramme pour détecter un éventuel infarctus. Dans la même situation lorsqu'il s'agit d'une femme, il risque fort d'invoquer l'angoisse ou de la dépression et de passer à côté d'un problème cardiaque. Et pourtant plus de huit millions de femmes meurent chaque année de maladies cardio-vasculaires et d'accidents vasculaires cérébraux. Hommes et femmes ne sont pas égaux dans le domaine de la santé. Longtemps les scientifiques ont cru que l'avantage allait aux secondes, grâce à la magie des œstrogènes. Il semble que la situation soit plus complexe. L'espérance de vie des femmes en Occident, avec les progrès de l'obstétrique, a été longtemps plus longue que celle des hommes. Elle diminue désormais. Cette année, la journée de la femme fait une large place à la santé.

C'est l'Union internationale contre le cancer qui met l'accent sur la prévention du cancer du sein, le Groupe sida Genève qui lance une campagne à l'intention des femmes («Madame vous avez le choix»), la Fédération mondiale du cœur qui rappelle les risques encourus par les femmes. Tous choisissent le 8 mars pour faire passer leur message. La santé est aussi une affaire de genre, une réalité longtemps ignorée par les chercheurs.

«Dans le domaine cardiaque, presque toutes les recherches ont été faites sur des hommes. Un peu comme si ces maladies les concernaient exclusivement», explique Barbara Broers, médecin adjoint à l'Unité de médecine communautaire des Hôpitaux universitaires de Genève. Elle donne également des cours «genre et santé» à l'Université. «Nous devons sensibiliser les soignants par rapport au genre, poursuit-elle. Par exemple en leur rappelant d'inclure les femmes dans leurs recherches. Car hommes et femmes ne répondent pas toujours de la même manière aux traitements.»

Il est impossible de parler d'égalité en matière de santé mais plutôt d'équité. «Dire par exemple qu'en Inde, l'espérance de vie des deux sexes est égale n'implique pas un progrès, commente Barbara Broers. Cela veut dire que les femmes sont nombreuses à mourir en raison de la maternité. En Russie la situation est inverse, les hommes meurent plus jeunes en raison de la violence et de l'alcool.»

L'évolution de la santé de chacun est influencée par de nombreux facteurs: génétiques, environnementaux, par le système de santé et par le comportement individuel. Des domaines où l'élément «genre» joue souvent un rôle important. «Différentes études ont montré que l'effet toxique de l'alcool était plus marqué chez les femmes, explique Barbara Broers. On ne sait pas exactement pourquoi. Il y a probablement une interaction entre l'alcool et les œstrogènes au niveau du foie. Les femmes sont également plus susceptibles de dépendance face au tabac. Elles sont plus exposées au tabagisme passif, par peur de dire non. Quant à leur faculté à supporter le stress, on a longtemps pensé que les œstrogènes avaient un effet protecteur. Actuellement les avis sont très controversés. J'aurais envie de dire: femmes attention!»

L'Organisation mondiale de la santé plaide également pour une approche tenant compte des différences entre les sexes. «Nous devons avoir des stratégies tenant compte du comportement social des personnes auxquelles nous nous adressons, de leurs possibilités d'action selon leur genre», affirme Claudia Garcia au département Genre, femme et santé de l'OMS. «Dans le domaine du sida par exemple, les femmes africaines entre 15 et 24 ans sont beaucoup plus touchées que les hommes du même âge. Elles sont mariées tôt, avec des hommes plus âgés et n'ont pas le contrôle de leur sexualité. En Europe aussi on constate une augmentation des cas de sida chez les femmes.»

La violence à l'égard des femmes influe également sur leur santé, tant mentale que physique. Selon les pays sa fréquence varie de 17 à 70%. «La violence implique des problèmes psychiques qui peuvent être très graves mais aussi des viols, des risques de grossesses non désirées, de transmission de maladies. Elle met en danger les familles et les pays occidentaux n'y échappent pas, souligne Claudia Garcia. Heureusement ces situations sont désormais moins taboues mais nos ressources pour les résoudre sont très limitées. L'ONU va rendre un rapport sur le sujet en juin.»