Médias

Quand les médias vendent de l’info qui fait du bien

Le journal britannique «The Guardian» vient de lancer une rubrique uniquement dédiée aux bonnes nouvelles. Un concept d’«information positive» qui prend de l’ampleur, surtout sur la Toile

«Je vais arrêter de regarder les infos, c’est vraiment trop déprimant.» Combien de fois avons-nous entendu cette phrase, accompagnée d’un haussement d’épaules las? Sur les écrans de télévision, il est vrai, les images d’attentats suicides côtoient bien souvent la hausse du chômage ou l’avancée d’un nouveau virus planétaire. De quoi se sentir parfois noyé sous un torrent de mauvaises nouvelles.

Comme s’il avait senti déferler cette vague de ras-le-bol, le célèbre quotidien britannique The Guardian annonçait la semaine dernière le lancement de sa série «Half full», en référence à l’expression du «verre à moitié plein». Le site du journal promet ainsi davantage d’articles centrés sur «les solutions, les innovations et les réponses» apportées par des individus autour du globe, sous l’étendard de l’«information positive».

Un concept qu’il n’est de loin pas le seul à exploiter. Upworthy, Positive news ou encore le français Pepsnews: au cours des cinq dernières années, le nombre de sites dédiés à la bonne nouvelle a explosé sur la Toile. Le très célèbre Huffington Post, lui aussi, propose désormais une rubrique consacrée à l’information qui fait du bien.

Trop de bombes

Des expérimentations qui font écho à un sondage, paru en 2014 en France, selon lequel 64% des citoyens estiment que les médias ne diffusent pas assez d’«informations positives». Si de telles études n’ont pas encore été menées en Suisse, certains Helvètes sont du même avis et n’hésitent pas à vanter les vertus de la bonne nouvelle.

C’est le cas d’Isabelle Bourgeois, journaliste de formation. En 2003 déjà, alors déléguée du CICR dans un Moyen-Orient en guerre, elle constate que les conflits qui se déroulent sous ses yeux sont bien différents de ceux dépeints par les médias: «J’étais témoin de grands élans de générosité, de tolérance. Mais lorsque je rentrais et que j’allumais la télé, on ne parlait que de bombes!»

Elle décide donc de fonder le blog Planetpositive.org, qu’elle alimentera pendant 13 ans d’histoires positives à la périphérie des drames, entre création d’associations et initiatives villageoises. Avec une seule conviction: «Dans chaque mauvaise nouvelle, il y a quelque chose de positif à exploiter.» Et les lecteurs semblent être au rendez-vous: sur son site, Isabelle Bourgeois observe un trafic de plusieurs milliers d’internautes chaque semaine.

Selon la journaliste, l’information positive aurait donc son public, mais se ferait encore trop discrète dans nos médias. La faute à un certain immobilisme de la profession: «Les journalistes s’abreuvent tous aux mêmes dépêches et suivent tous ce même dogme sacré selon lequel il faudrait montrer le pire.» Pourtant, Isabelle Bourgeois l’assure, les belles histoires ont un impact positif sur le corps comme sur le moral.

Vieux réflexes

Pour Olivier Glassey, sociologue à l’Université de Lausanne, l’information positive permettrait également au lecteur d’évacuer la pression de l’actualité: «A l’heure où l’on suit toutes les crises du monde minute par minute, ces bonnes nouvelles offrent une temporalité différente. Les messages qu’elles symbolisent perdurent dans l’esprit des gens. Mais bien souvent, le lecteur reste accro aux breaking news et il est difficile de perdre les vieux réflexes qu’on a de s’informer.»

En somme, pour le sociologue, l’enjeu principal résiderait dans l’équilibre. «Le lecteur, ou l’auditeur, n’est pas monodimensionnel, il doit pouvoir naviguer entre des types de contenus différents selon ses humeurs.»

Les médias suisses seraient-ils vraiment imperméables à l’information positive? Pas selon Marc-Henri Jobin, directeur du Centre de formation des journalistes à Lausanne. Mais il en donne une autre définition: «Pour moi, cela signifie proposer plus d’analyses, de pistes de solution. On ne peut pas se contenter d’exposer un problème et de remuer le couteau dans la plaie. Il y va de la crédibilité du métier.» Bien qu’il affirme qu’en réalité la clé du succès d’une information se situerait ailleurs: «Positive ou négative, il faut avant tout que ce soit une bonne histoire, qui interpelle les gens.»

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