PRIX

Le Médicis revient au Bâlois Sulzer

La perfection d'Alain Claude Sulzer.

Les écrivains alémaniques plaisent aux Français. Après le succès impressionnant du Train de nuit pour Lisbonne de Pascal Mercier, (Maren Sell, 2006), voici qu'Un Garçon parfait (Ein perfekter Kellner) du Bâlois Alain Claude Sulzer remporte le Prix Médicis étranger dans une traduction de Johannes Honigmann. Une belle reconnaissance pour Jacqueline Chambon, courageuse éditrice sise à Nîmes qui a beaucoup fait pour la littérature de langue allemande.

Alain Claude Sulzer, né à Bâle en 1953, est proche de la France où il a vécu et dont il parle bien la langue. Tout comme Erneste, le «garçon parfait», héros de son deuxième roman, qui, lui, a rompu toute attache avec sa famille alsacienne. Il avait 16 ans, en 1935, lors de son apprentissage de garçon dans un hôtel près de la cascade de Giessbach. Trente ans plus tard, une lettre venue d'outre-Atlantique vient bouleverser la routine de sa vie mélancolique de vieux célibataire. Il met deux jours à l'ouvrir, tant il redoute et espère à la fois voir surgir de cette boîte de Pandore la magie délétère du passé.

Thème de l'homosexualité

En cet été 1935, on confie à Erneste la mission de guider dans son apprentissage le jeune Jakob. Les garçons partagent la même chambre, bientôt le même lit. La passion flambe. En secret, bien sûr. Mais Jakob est un séducteur qui préfère bien vite les avances rétribuées d'un grand écrivain qu'il suivra jusqu'aux Etats-Unis. La lettre est une pressante demande d'argent. Erneste est chargé d'en extorquer au vieil écrivain revenu en Suisse.

Un récit très tenu, en demi-teinte, volontairement désuet, qui rappelle Stefan Zweig par la langue et l'atmosphère des palaces, avec la menace du nazisme. Et qui renvoie à Thomas Mann avec le thème de la fascination pour les mauvais garçons.

Le Prix Médicis 2008 du roman a, lui, été attribué à Jean-Marie Blas de Roblès pour Là où les tigres sont chez eux (Editions Zulma). Cette variation autour de la figure d'un jésuite du XVIIe siècle est un roman foisonnant de 800 pages, auquel l'auteur a consacré dix années de travail. Le Médicis est l'un des prix français remis à chaque rentrée littéraire. Le plus prestigieux d'entre eux, le Prix Goncourt, sera attribué lundi prochain

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