Après deux ans d'accalmie, les méduses font un retour sur les plages italiennes et françaises. Au grand dam des amateurs de baignades qui ont tout intérêt à préserver leur épiderme de l'étreinte brûlante de leurs tentacules, et des pêcheurs qui voient leurs filets colmatés par l'animal gélatineux. «Ce n'est pas une invasion typique en bancs compacts, note Annick Toulemont, du Musée océanographique de Monaco. Il s'agit plutôt d'un grand nombre d'individus isolés.» Ce qui est pire pour les estivants, car le banc de méduses qui vient s'échouer à la faveur d'un courant marin sur une plage est bien visible et enlève toute velléité de baignade.

Sur la centaine d'espèces de méduses recensées en Méditerranée, une seule sème la terreur sur les plages: Pelagia noctiluca. Cet animal transparent, aux reflets pourpres de jour, phosphorescent la nuit, peut atteindre 10 cm de diamètre. Sous l'ombrelle pendent de nombreux tentacules, qui peuvent atteindre dix mètres de long lorsqu'ils sont totalement déployés. «Ces filaments sont parsemés de cellules urticantes dont le venin est destiné à tuer les proies», explique Annick Toulemont. Ce venin n'est toutefois guère dangereux pour l'homme, même s'il provoque une brûlure intense – la douleur peut subsister plusieurs semaines –, et parfois des cloques. Seules les personnes très sensibles (asthme, eczéma) peuvent redouter une réaction allergique plus grave. Le contact avec les bras buccaux de la méduse, disposés juste sous l'ombrelle, est encore plus cuisant. «Outre la sécrétion du venin, ces organes sont responsables de la digestion, poursuit la spécialiste. Sur la peau, les sucs digestifs ont un effet nécrosant, la guérison prend parfois plusieurs mois.»

Les «années à méduses», qui reviennent tous les 10 à 12 ans, restent un mystère pour les scientifiques. Une seule piste: la météo: «Les printemps doux et secs sont favorables à la reproduction des méduses, note Annick Toulemont. Celles qui hantent aujourd'hui les plages sont nées en mai-juin.»